Sanctuaire des Grottes de Saint Antoine

Homélies des dimanches

22 septembre 2019 25ème dimanche du Temps Ordinaire

frère David

Saint-Antoine de Brive, le 15 septembre 2019

Frères et Sœurs, la grande tentation qui nous guette après avoir entendu les paraboles de la brebis perdue, de la pièce perdue et du fils perdu c’est de nous dire « ah oui, je connais bien ! » et d’en rester là. Or, le but d’une parabole, c’est de nous toucher au cœur et de nous conduire à un changement de regard et de pratique, bref, de nous conduire à la conversion. Et ça, il ne faut pas le rater ! A bien y regarder, les trois lectures disent la même chose, à savoir l’urgence d’entrer dans la miséricorde de Dieu. Alors, commençons par la première lecture, celle du livre de l’Exode.

C’est l’histoire du veau d’or. Pendant que Moïse est en présence de Dieu sur la montagne, les Hébreux se fabriquent un dieu en forme de veau, puis ils se prosternent devant lui. Alors bien-sûr, aujourd’hui nous pouvons nous pouvons penser que ce comportement est dépassé. En fait, il est bien d’actualité car, à défaut de se prosterner devant le veau d’or, nous nous prosternons devant le dieu argent, ce qui revient au même ; et nous voyons bien que cette course au profit est la cause de nombreuses et criantes inégalités et de malheurs.

Ce peuple Hébreux qui se fabrique un veau d’or est pourtant celui-là même qui vient de faire l’expérience d’un Dieu libérateur alors qu’il était esclave en Égypte. Même après cette expérience de libération mise en œuvre par Moïse sous la houlette de Dieu, ils ont vite laissé tomber le Dieu de l’Alliance pour se tourner vers des dieux qui n’ont sont pas. C’est alors, nous dit le texte, que Dieu se met en colère et menace d’exterminer son peuple infidèle. Là encore, nous savons bien qu’en réalité ce n’est pas Dieu qui punit ; c’est nous qui faisons notre malheur en nous détournant de lui. C’est tout de même une différence fondamentale !

Ce qui importe pour nous ce matin, c’est que, face à la menace qui pèse sur son peuple, Moïse se met à supplier le Seigneur. C’est cette supplication de Moïse pour son peuple que nous devons retenir. C’est un exemple qu’il nous donne. Car nous sommes trop souvent plus prompts à dénoncer les coupables, à les enfoncer ou à ne voir que le mal chez eux, plutôt que de leur venir en aide et de prier pour eux. Cela crée un climat malsain. Ce matin Dieu nous appelle à convertir nos réactions premières. Certes, nous ne sommes pas naïfs, comme Moïse, nous voyons tout ce qui va mal mais plutôt que d’en rajouter et d’enfoncer les autres, nous sommes invités, comme Moïse, à porter dans notre prière ce mal et ceux qui le commettent. C’est cette capacité à prendre souci des autres en priant pour eux et en les aidant à sortir de ce qui les emprisonne qui nous aidera progressivement à nous ajuster à Dieu qui aime tous les hommes et qui veut leur salut. En clair, nous devons lutter contre le péché mais sauver le pécheur !

Passons maintenant à l’Évangile de Luc qui ne dit pas autre chose. Il met en pleine lumière ce qui était déjà à l’œuvre dans ce récit du Premier Testament. Il met sous nos yeux ce Dieu qui n’est qu’Amour, ce Dieu qui répond au mal que nous faisons par sa seule miséricorde afin que nous devenions comme Lui des êtres qui font miséricorde. C’est émouvant de voir combien Jésus est entièrement présent à tous ces gens qui viennent l’écouter. A en juger par les réflexions des scribes et des pharisiens qui s’étonnent que Jésus aille manger chez les gens de mauvaise vie, on peut en déduire que le drame de ces scribes et pharisiens c’est que, dans leur fidélité à la tradition, ils ont confondu fidélité et raideur, oubliant ce que miséricorde veut dire. C’est donc pour eux et pour nous aujourd’hui, que Jésus raconte les trois paraboles de la miséricorde, celle de la brebis perdue, de la pièce perdue et du fils perdu.

La bonne nouvelle de ces paraboles c’est précisément que Dieu, en Jésus, est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Sa miséricorde est infiniment plus importante que tous les péchés du monde. Dieu croit à notre capacité à nous convertir. Comprenons bien : la conversion c’est un changement de direction, un véritable demi-tour. Nous avons tourné le dos à Dieu, nous revenons à lui. Lui-même nous prend par la main pour nous sortir des chemins de perdition et nous conduire vers la vraie vie. Tout ce que nous avons à faire, en fait, c’est de nous laisser faire mais, pour cela c’est à notre orgueil qu’il faut tourner le dos !

Ces trois paraboles nous disent donc l’amour démesuré de Dieu pour nous et pour le monde entier. Dieu est comme ce berger qui abandonne son troupeau pour aller à la recherche de la brebis perdue. Il sait bien qu’elle ne reviendra pas toute seule. Il est surtout comme ce père qui accueille son fils retrouvé à bras grands ouverts. Il ne pose aucune question sur les motivations de ce retour. La seule chose qui compte c’est la joie extraordinaire de retrouver son fils.

Aujourd’hui, nous sommes invités à nous associer à cette joie et à rendre grâce. Comme Moïse, nous sommes appelés à supplier le Seigneur pour notre monde, nos quartiers, nos familles. C’est bien pourquoi nous sommes dans cette église pour prendre conscience de l’amour dont nous sommes aimés, en rendre grâce et confier à Dieu tout ce qui ne va pas en commençant par nous car la véritable conversion ça commence par nous-mêmes. C’est bien ce qu’a compris St Paul qui, après avoir persécuté les chrétiens, a fait une rencontre extraordinaire qui a complètement bouleversé sa vie. Dans l’expérience du pardon qu’il a reçu il a compris que le Christ est venu dans le monde pour sauver non ceux qui étaient « conformes » mais ceux qui étaient perdus. Alors, demandons au Seigneur qu’il nous apprenne à nous regarder les uns les autres comme Dieu nous regarde afin d’être des témoins de sa miséricorde. C’est ainsi et pas autrement que nous retrouverons la splendeur première dans lesquelles nous avons été créé par pur amour… Amen !

Fr Henri Namur, ofm

Dimanche 9 septembre, 23ème dimanche ordinaire

Frère Jean Damacène

Dimanche 1er septembre 22ème dimanche du temps ordinaire

Frère Henri

Jeudi 15 août, fête de l’Assomption

Frère Carlos

Dimanche 11 août, 19ème Dimanche du temps ordinaire

Frère David

Brive, le 28 juillet 2019,
Fr Henri Namur, ofm

La première lecture, celle de la Genèse, nous montre qu’il nous faut prier sans cesse et sans nous décourager car Dieu n’est pas sourd : il entend nos appels, il prend souci de nos vies…Rien que cette simplicité du dialogue avec Dieu, c’est déjà pour nous une bonne nouvelle !
Dieu va encore plus loin. Il va au-delà de nos demandes à horizon purement humain…, Il veut notre vie pleine et heureuse, non pas selon la conception que nous avons de la plénitude et du bonheur, mais selon ce qu’il est lui, comme source de toute plénitude et bonheur. Pour Dieu, une vie pleine et heureuse, ça passe nécessairement par le pardon donné et reçu. C’est pourquoi, ayant entendu la prière d’Abraham, il accepte de pardonner aux pécheurs de toute une ville, Sodome, à cause des seuls dix justes qui pourraient s’y trouver ! Il est intéressant de noter qu’Abraham n’ose pas continuer à diminuer le nombre des justes mais que Dieu lui, en Jésus, ose ! Car, à bien y réfléchir, Jésus est effectivement le seul Juste qui, par le don de sa vie, accomplit pour nous tout l’amour du Père.
C’est en ce sens que nous pouvons dire que Jésus nous sauve. Mais, de quoi nous sauve-t-il ? Quand on dit de quelqu’un “il est sauvé”, on veut dire par là qu’il est sorti d’un grand péril de mort où il se trouvait du fait de la maladie, d’un accident, ou d’une dépression ou que sais-je encore ! Quand nous, chrétiens, nous disons que nous sommes sauvés, nous ne disons pas autre chose mais nous le disons en nous référant au péril de mort dans lequel nous met notre péché. Un péril qui provient du fait que le péché provoque en nous comme une diminution, voire une rupture dans la communication vitale que nous avons avec Dieu. Ce péril, Jésus l’a vaincu par son amour mené jusqu’au bout de sa croix, un amour qui s’est fait pardon « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Être sauvé c’est donc être arraché au risque d’asphyxie dans lequel nous met notre péché et retrouver le bonheur de respirer à pleins poumons l’amour de Dieu et des autres…et cela passe par le pardon reçu et donné.
L’Évangile, quant à lui, nous donne à contempler Jésus en prière ! Les disciples sont impressionnés par la façon dont Jésus prie. C’est pourquoi ils lui demandent de leur apprendre à prier. Ne pensez-vous pas que toutes nos prières devraient commencer de la même façon : “Seigneur, apprends-nous à prier car nous ne savons pas bien prier comme il faut » ?
En fait, Jésus ne fait pas un discours sur la prière mais il nous livre le secret de sa propre prière : “quand vous prier dites ‘Père’ “. Dire « Père » c’est entrer dans une relation filiale, intime et confiante. Une relation qui nous conduit à convertir nos propres prières de demande en les situant dans la perspective du Royaume de Dieu. Car ce qui importe d’abord dans la prière, c’est de demander de tout notre cœur que le Royaume de Dieu se réalise dans notre vie, dans nos relations, dans nos engagements … Ainsi, nous voyons bien que la prière n’est pas faite pour changer Dieu, mais bien pour nous changer nous-mêmes ! Car ce n’est pas Dieu qui est sourd mais nous qui le sommes trop souvent ! La prière est pour nous un véritable exercice vital auquel il importe de nous adonner quotidiennement afin de nous former, de nous conformer à la manière d’aimer de Dieu, à sa manière de voir et d’être. Bref, la prière est le meilleur moyen de notre conversion et de notre croissance dans la liberté de Dieu.
Imaginez un seul instant un pompier qui ne se soumettrait à aucun exercice d’entraînement ? Il ne serait alors pompier que de nom, et se révélerait à coups sûr complètement incompétent et inefficace dans le feu de l’action ! Ainsi en va-t-il de la prière qui, pour nous, est l’exercice qui nous familiarise avec Dieu au sens où nous devenons « quelqu’un de la famille » de Dieu, semblable à lui dans les diverses situations où nous nous trouvons. Soyons bien persuadés que c’est au creux même de notre prière d’abandon que nous serons vraiment des levains du Royaume ….
Ceci étant, il faut bien reconnaître que, parfois, nous prions comme des païens. Nous faisons de la prière une demande magique qui n’a pour but que de satisfaire nos petits intérêts. Ce qui est une façon d’annexer Dieu à nos désirs ! C’est pourquoi il est urgent de prêter attention aux mots par lesquels Jésus conclue l’évangile de ce jour : “Si vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent !” Voilà la vraie prière de demande, voilà la seule demande que nous pouvons adresser à Dieu en vérité, celle de nous donner son Esprit-Saint et de le laisser prier et agir en nous. Seul l’Esprit-Saint peut prier en nous au point de nous ouvrir à cette Espérance au-delà de toute Espérance qui vient transfigurer nos chemins et qui a pour nom Jésus-Christ. Finalement, la prière, telle que Jésus nous l’enseigne, est un compagnonnage de tous les instants avec Celui dont Jésus n’a eu de cesse d’accomplir la volonté bonne.
« Faire la volonté du Père », n’est-ce pas précisément pour cela que nous sommes rassemblés ce matin ? Rassemblés par l’Esprit-Saint autour de la table du Seigneur, afin de conformer nos vies à la sienne et permettre ainsi à sa volonté d’amour de faire son chemin en nous pour atteindre, par nous, tout homme sans distinction. Amen.



Brive le 14 juillet Frère Henri

Jésus, comme souvent dans l’évangile, répond par une parabole à la question qui lui est posée : « qui est mon prochain ? ». Comme dans la plupart des paraboles, les personnages sont anonymes : il s’agit d‘un homme’ ; d’un prêtre’ ; d’un lévite’ ; d’un Samaritain’. Le but de cet anonymat c’est de nous permettre de nous identifier librement avec l’un ou l’autre de ces personnages…

Et Jésus commence : un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tombe sur des bandits qui le dépouillent et le rouent de coups, le laissant à moitié mort.’ Il faut savoir que cette route menant de Jérusalem à Jéricho était réputée pour être un véritable coupe-gorge.

Trois personnes passent par-là : un prêtre, un lévite et un Samaritain. Le prêtre et le lévite, en raison de l’observance des règles de pureté rituelle passent à côté de cet homme sans s’arrêter. Seul, le Samaritain, qui est considéré comme hérétique en raison du reproche qui est fait aux Samaritains d’adorer Dieu sur le mont Garizim et non dans le Temple de Jérusalem, seul cet étranger méprisé est saisi de compassion et prend soin du blessé…

Par cette parabole Jésus s’adresse tout à la fois à notre intelligence, à notre foi et à notre cœur pour nous faire découvrir que nous courons un grand risque : celui de penser aimer Dieu alors que nous laissons de côté notre prochain. Ce danger est plus que d’actualité quand on pense au problème, certes difficile, de l’accueil des réfugiés. Le Samaritain, lui, ne se contente pas de regarder le mourant, il se sent impliqué au plus intime de lui-même ; c’est sa compassion qui le pousse à mettre en œuvre tout ce qui est possible pour sauver l’homme. Il n’attend pas que les pouvoirs politiques aient résolu la question. De ce point de vue on peut dire que la véritable compassion n’est pas un sentiment mais plutôt une action. Une action qui conduit à prendre soin de l’autre. La compassion c’est aussi, au sens étymologique, la Passion de Jésus pour nous…

Jésus invite donc le docteur de la Loi, et nous avec, à entrer dans la logique de la parabole, c’est-à-dire à agir comme le Samaritain en nous faisant le prochain de l’autre, quel qu’il soit. Mon prochain, c’est celui dont je me fais proche…mon frère, ma sœur en humanité.

Alors bien-sûr, on peut lire avec bénéfice cette parabole du Bon Samaritain, en voyant dans le Samaritain Jésus lui-même. Jésus qui, dans son incarnation, vient prendre soin de nous. Dans l’homme tombé aux mains des brigands on peut découvrir notre propre Humanité égarée et blessée par son péché. Les Pères de l’Église ne se sont pas privés d’une telle interprétation.

Ce récit est donc celui de la miséricorde de Dieu pour nous. Ce récit nous dit que ni la Loi, ni l’offrande des sacrifices, représentés par le docteur de la Loi et le lévite, ne peuvent sauver l’homme du péché. Cette parabole nous fait comprendre que seul le Christ prenant sur lui le péché de l’Homme par son sacrifice sur la Croix, guérit toute l’Humanité de ses plaies et de son péché. Aujourd’hui encore Dieu continue à prendre soin de nous en faisant de sa Miséricorde une hôtellerie, comme celle de Saint-Antoine, c’est-à-dire un lieu d’Église où celles et ceux qui peinent et ploient sous le fardeau trouvent le repos. Vu comme cela, l’Église est bien cet hôpital de campagne dont parle le Pape François…

Il est aussi tout à fait possible de faire une lecture allégorique de cette parabole et de voir dans l’huile utilisée par le Samaritain une référence à l’huile de l’onction pour les sacrements ; dans le vin, remède de l’époque, une référence à l’Eucharistie ; dans le temps qui s’écoule avant le retour du bon Samaritain, ce temps que nous vivons entre l’Ascension du Christ et son retour promis par lui à la fin des temps.

Pour résumer et conclure, on peut dire que la compassion du Samaritain pour l’homme blessé c’est celle du Christ qui dispense sans compter compassion et guérison. Et nous qui portons le nom de chrétien, nous sommes appelés à être comme le Samaritain de la parabole. Membres du Corps du Christ qu’est l’Église, nous sommes porteurs de son amour pour toute personne rencontrée. Beaucoup de saints ont pratiqué la miséricorde, à commencer par Saint François auprès des lépreux, ces exclus de la société.

C’est donc clair : l’amour de Dieu ne peut être séparé de l’amour du prochain. Aimer comme Dieu nous aime dans la parabole de Bon Samaritain, suppose qu’on se laisse d’abord rejoindre soi-même par l’amour de Dieu. Nous pouvons aimer comme Dieu parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier. D’où l’importance d’être ‘branché’ sur le Christ dans les épreuves comme dans les joies et je ne connais pas d’autre façon d’être branché sur le Christ que de prier, d’écouter la Parole de Dieu, de recevoir les sacrements, à commencer par l’Eucharistie, pour y puiser tout son amour et le déverser au fil des jours et de nos rencontres, Amen.

Brive, Saint-Antoine, le 14 juillet 2019,                     Fr Henri Namur, ofm