Sanctuaire des Grottes de Saint Antoine

Homélies des dimanches

Homélie du jeudi 21 mai 2020 – Fête de l’Ascension su Seigneur A – Fr Henri Namur

Quand nous proclamons le Credo nous disons : « Jésus est monté aux cieux, il siège à la droite de Dieu ». L’Ascension n’est donc pas l’absence de Jésus mais, bien au contraire, le signe qu’Il est vivant au milieu de nous de manière nouvelle ; il n’est plus dans un lieu précis du monde ; à présent, il est « monté aux cieux, il siège à la droite de Dieu », c’est-à-dire qu’il est présent en tout lieu et en tout temps, proche de chacun de nous : il nous rejoint chaque fois que nous sommes réunis en son nom et c’est le cas ce matin.

 Plus qu’une montée, l’Ascension est un vrai « pont » qui nous permet de passer d’une rive à l’autre et ce « pont », ce « Pontife » c’est Jésus-Christ. Par son Incarnation et sa Résurrection-Ascension Jésus est ce pont qui permet à notre humanité d’accueillir Dieu et d’aller vers lui.  En fait, c’est un seul et même mouvement d’amour qui est dit dans l’Incarnation, la mort, la résurrection et l’Ascension de Notre Seigneur. Notre propre humanité, notre propre chair sont déjà en Dieu puisque Jésus est « remonté » dans la gloire de son Père avec les marques de sa Passion inscrites dans sa propre chair de ressuscité. En lui, c’est toute notre humanité qui est attirée vers le haut, vers Dieu, vers le Royaume promis et c’est toute la grâce de Dieu qui descend vers nous par le don de l’Esprit-Saint.

Ce jour de l’Ascension, est pour les Apôtres tout à la fois la fin d’un rêve et le début d’une espérance. La fin d’un rêve, parce que les disciples et les foules qui ont suivi Jésus au long de sa vie publique espéraient un Messie qui rétablirait le Royaume d’Israël avec force. Mais l’arrestation et la crucifixion de Jésus ont ruiné cet espoir. De ce point de vue, l’Ascension est bien la fin d’un rêve. Mais en même temps, l’Ascension est le début d’une réelle espérance parce que désormais, en Jésus, s’accomplit la vocation du peuple élu d’être le signe de l’alliance pour annoncer à toutes les nations, et donc aussi aux païens, la bonne nouvelle du Salut. L’Amour, premier et dernier mot de Dieu à nos vies, trouve en Jésus son plein accomplissement, un accomplissement qui passe par la croix, la résurrection et l’Ascension.

Quand Jésus nous quitte c’est donc bien la fin d’un rêve et le début d’une espérance. C’est pourquoi nous n’avons pas à rester le regard tourné vers le ciel.  Bien sûr qu’en tant que chrétiens, nous sommes « citoyens du ciel » mais en même temps c’est bien sur cette terre que nous marchons vers notre patrie définitive. Le jour de l’Ascension est le jour par excellence où nous accueillons la mission que nous confie le Christ : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples… ». Je suis allé voir dans le texte grec quel était le verbe traduit ici par « faire » « faites des disciples ». C’est le verbe « poreuô » qui signifie conduire, escorter. Nous sommes donc chargés par le Seigneur de conduire et escorter les gens afin d’en faire des disciples qui se mettent à son école. Nous sommes chargés de faire se lever des disciples de cette Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour tout homme. Autant dire que notre responsabilité est immense quand on voit les difficultés de nos contemporains à accueillir les valeurs de l’Évangile de Dieu.

Heureusement, pour aller vers les nations, pour aller vers les autres, nous ne sommes pas seuls. La disparition physique de Jésus ressuscité, n’est pas un abandon. Bien au contraire puisque jésus nous dit en St Jean : « c’est votre intérêt que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas je ne vous enverrai pas mon Esprit » (Jn 16, 7). Il est donc urgent que nous le recevions et le revêtions cet Esprit-Saint, cette « puissance venue d’en-Haut » afin d’en vivre comme lui, Jésus, en a vécu.

C’est dans ce même Esprit-Saint que l’Église est le corps du Seigneur. Dans sa faiblesse, sa fragilité et aussi dans une conversion toujours à recommencer  , l’Église annonce, en en vivant, ce qu’elle a vu, entendu, touché du Verbe de Vie et elle pose les signes sacramentels de la présence de Jésus ressuscité jusque dans les bas-fonds de notre existence humaine. Certes, le Christ ressuscité n’est plus visible à notre regard, mais le monde doit pouvoir contempler son visage à travers nous dans la mesure où nous accueillons l’Esprit que Jésus nous donne, ce même Esprit qui l’unissait filialement à son Père.

Enfin, gardons précieusement en notre cœur la prière de Jésus : « Père, je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi pour qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux ».

Tout joyeux à l’audition de ces mots qui ne sont pas une vague promesse mais une volonté expresse de Jésus, ne restons donc pas le nez en l’air à contempler le ciel.  Ou plutôt, ce ciel, contemplons-le sur la terre à la façon de François d’Assise.  François a demandé à ses frères de faire du monde leur cloître. Il leur a demandé de contempler en toute Création et créatures la puissance de la résurrection déjà à l’œuvre et encore à venir.  Tout remplis d’Esprit-Saint et tout joyeux, marchons donc, avec toute la Création et les créatures, à la rencontre de Celui qui est allé nous préparer une place et qui reviendra nous prendre avec lui, afin que là où il est nous soyons aussi.…Amen.

Brive, le 21 mai 2020

Fr Henri Namur, ofm

Dimanche 17 mai 2020 – 6e dimanche de Pâques A – Fr Carlos

Six semaines se sont déjà écoulées depuis Pâques. Dans le contexte que nous connaissons, il s’agit des semaines intenses qui ont certainement mis à l’épreuve notre patience et notre persévérance. Nous pouvons espérer vraiment que ce temps nous a aidés à nous renouveler, à voir de plus près et plus calmement quelles sont les choses vraiment importantes dans notre vie et à raviver en nous le désir de suivre Jésus. Ce serait vraiment dommage que tout ce temps soit passé inutilement. En lisant les Actes des Apôtres, il est clair que l’église a été revigorée précisément dans les moments les plus difficiles et les plus douloureux. Puisse le Saint-Esprit, le Défenseur infatigable de l’Église en marche à travers l’histoire, nous renouveler par son action et ses dons.

L’Évangile de ce dimanche nous présente un aspect fondamental de la vie chrétienne : l’amour pour Jésus. La question du Maître est frappante : « Si vous m’aimez …? » Cela ne peut pas être qu’une invitation à nous demander si, et dans quelle mesure, nous aimons le Seigneur ? Je voudrais dire l’aimer vraiment, pas seulement d’accomplir des gestes de prière ou de dévotion personnelle. Jésus veut que nous l’aimions comme des hommes et des femmes matures, des passionnés et libres. Il veut que notre amour soit sincère et inconditionnel.

Le Seigneur nous donne un critère fondamental pour pouvoir mesurer la température de notre amour : «Si vous m’aimez, vous garderez-vous mes commandements?». Nous ne pouvons pas dire que nous l’aimons et ensuite faire ce que nous voulons ou bien suivre notre logique boiteuse. Les commandements de Jésus sont une boussole qui nous guide

et nous aide à mettre de l’ordre dans la vie. Nous disons « commandements » au pluriel, mais en fait, il ne s’agit d’un seul et même commandement, celui qu’Il nous a laissé le soir du jeudi saint : le grand commandement de l’amour.

Or, ce commandement s’exprime au pluriel car il peut et doit s’accomplir, de multiples manières, parce que lui-même, l’amour, est à multiples visages.

En ce dimanche, demandons au Seigneur, son Esprit saint, afin de reconnaitre dans ses commandements, non pas une chaîne qui nous lie notre liberté, mais au contraire, des voies pour la rendre plus authentique.

Amén

Dimanche 3 mai 2020 – 4e dimanche de Pâques A – Fr Henri

Ce quatrième dimanche après Pâques est traditionnellement celui du « dimanche du Bon Pasteur ». Il est appelé ainsi parce que tous les textes nous parlent de la façon dont Dieu prend soin de nous. Du coup, l’Église a fait aussi de ce dimanche la journée mondiale des vocations pour inviter les chrétiens de par le monde à prier afin que s’éveillent au sein des familles des vocations qui soient, à l’instar de l’unique Pasteur de nos vies, au service de la vie de Dieu pour les autres.

Les lectures de ce jour ont aussi ceci de particulier : elles résonnent avec ce que nous expérimentons en ces temps de confinement…

Ainsi en est-il de la première lecture. Elle nous met en présence de la prédication de Pierre entouré des apôtres. Le texte précise que, pour annoncer avec force la bonne nouvelle de l’Évangile, ils sont tous sortis du lieu où ils étaient « confinés ». Le confinement, voilà bien ce que nous expérimentons depuis des semaines ; le déconfinement, voilà ce qui va nous arriver le 11 mai, voilà aussi une belle illustration de notre vocation chrétienne : sortir pour témoigner de la Bonne Nouvelle dont nous faisons l’expérience ! Le Covid 19 nous fait penser qu’il y aura désormais un avant et un après Covid 19, de même, quand on a accueilli le Christ dans sa vie, plus rien ne peut être comme avant.

Passons à l’Évangile de Jean. Jésus assume toute la Tradition Biblique lorsqu’il se présente comme le Bon Pasteur par opposition au mercenaire. Le Mercenaire, lui, quand il prend en charge un troupeau, c’est pour l’argent… Quand ça devient vraiment dangereux, il ne pense qu’à se mettre en sécurité, indépendamment de la sécurité du troupeau. Or, c’est précisément au moment du danger qu’on reconnaît le vrai berger. Cette pandémie en est une criante illustration car de bons bergers s’y révèlent ! L’Esprit de Dieu souffle où il veut et se manifeste là où on ne l’attendait pas et chez des personnes auxquelles on n’aurait pas pensé… que de générosité et de dons de soi de la part de beaucoup dans l’art de prendre soin de l’autre… !

Jésus se présente comme notre bon berger car il nous connaît tous, que nous soyons proches ou lointains. Il nous connaît à la façon dont un père et une mère connaissent et aiment de façon unique chacun de leurs enfants. La priorité de Jésus c’est de nous sauver de tous les dangers qui nous menacent et de toutes les impasses où nous nous fourvoyons, notamment quand nous sortons Dieu de nos vies.

Quand Jésus dit qu’il nous connaît tous, il ne pense pas seulement aux chrétiens. Il pense aussi à tous ceux qui l’ignorent, ceux qui organisent leur vie en dehors de Dieu. Ceux-là aussi font partie de son bercail. Jésus, bon berger, n’hésitera pas un seul instant à laisser un temps le troupeau pour aller chercher les brebis perdues… Avec Jésus, bon pasteur, il n’y a pas de situations désespérées. Son amour est offert à tous les hommes. Il est capable de nous sortir de toutes nos impasses… Et précisément, aujourd’hui, le Seigneur compte sur nous pour prendre notre part de sa mission de bon berger. Il compte sur nous pour prendre soin de son peuple. Mais soyons bien persuadés que nous ne pourrons être bergers du troupeau du Seigneur que si nous sommes vraiment greffés sur le Christ, « berger de toute humanité » ; nous ne pourrons être bergers du troupeau du Seigneur que si nous sommes conscients que c’est lui le Maître et nous les intendants, intendants élevés au rang d’amis, certes, mais intendants tout de même ! C’est donc par Lui, qui est « la porte des brebis », que nous devons passer si nous voulons être de vrais pasteurs selon le cœur de Dieu.

Nous sommes un peu comme ces auditeurs qui furent touchés par la prédication de Pierre et qui lui disent « que devons-nous faire ? » Voici la réponse : appliquez tout votre désir et toutes nos forces à garder, d’une part, la Parole de Dieu et, d’autre part, à bien veiller les uns sur les autres, à bien veiller sur la maison commune que nous habitons. Garder la parole de Dieu c’est veiller à être nous-mêmes gardés par Lui ; Garder la parole de Dieu, c’est communier au don que le Seigneur nous a fait de sa propre vie par amour pour nous ; Garder la parole de Dieu c’est « garder » son troupeau avec le même zèle et don de soi que celui dont Jésus fait preuve envers nous ; Garder la parole de Dieu, c’est nous désaltérer à la source de l’Eucharistie où nous devenons frères et sœurs, un seul corps, le corps du Christ. Certes, beaucoup ne peuvent se désaltérer à cette source en ce moment, mais leur désir se purifie, leur soif augmente et…quelle joie quand le déconfinement leur permettra d’y communier à nouveau, c’est-à-dire d’être en communion profonde avec Celui qui est venu pour que nous ayons la vie et que nous l’ayons en abondance !

L’Évangile du Bon Pasteur nous redit plus que jamais en quoi consiste notre vocation à la sainteté.  Être saint, c’est se décentrer de soi pour accueillir le projet de Dieu. La sainteté est un don, c’est le don que nous fait le Seigneur Jésus lorsqu’il nous prend avec lui, qu’il nous revêt de lui et nous rend comme lui faisant ainsi de chacun de nous de bons bergers pour son troupeau »

Tous, donc, et d’un seul cœur, prions avec ferveur pour que nos vies chrétiennes soient le berceau de nombreuses vocations pour le Bien du Corps entier qu’est l’Église, Corps du Christ. Toutes les vocations, qu’elles soient familiales, célibataires, sacerdotales, religieuses… incarnent de façon particulière l’unique Sainteté et Bonté du Bon Pasteur de nos vies. Aussi, au terme de cette méditation, faisons nôtre la prière de Saint François devant le crucifix de St Damien :  Dieu très haut et glorieux, viens éclairer les ténèbres de mon cœur ; donne-moi une foi droite, une espérance solide et une parfaite charité ; donne-moi de sentir et de connaître, afin que je puisse l’accomplir, Ta volonté sainte qui ne saurait m’égarer. Amen. » 

Brive, Saint-Antoine, le 3 mai 2020                                                    

Fr Henri Namur, ofm

Dimanche 26 avril 2020 – 3e dimanche de Pâques A – Fr. Carlos

Le récit des disciples d’Emmaüs représente certainement l’itinéraire idéal de tout homme appelé à la connaissance de Dieu à travers un processus fait ensemble et jamais à titre personnel.

Luc parle de manière générique de deux d’entre les disciples. Ils ne font pas partie des douze apôtres, cependant nous savons qu’ils reconnaissent Jésus au moment de rompre le pain. Mais nous savons aussi que seuls les apôtres avaient vu Jésus faire ce geste lors du dernier repas alors pourquoi ces deux simples disciples l’ont-ils reconnu en rompant le pain?

Le texte indique que parmi les disciples, deux d’entre eux, étaient en route vers un village appelé Emmaüs, à environ onze kilomètres de Jérusalem, et ils parlaient de tout ce qui s’était passé. Jésus marche avec eux. Il semble même intéressé par le fait d’accompagner les deux hommes vers Jérusalem où les Onze les attendent.  Le retour dans la ville semble avoir pour but de rencontrer la communauté et cela n’est possible qu’après avoir participé au geste du partage du pain, geste qui renvoie clairement à l’Eucharistie. « À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons », et commencèrent à raconter ce qui s’était passé en cours de route et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux, à la fraction du pain.

Or, par une proximité bienveillante à l’égard de chacun de nous, une proximité souvent non comprise ou non reconnue, le Seigneur nous amène patiemment au cœur de la nouvelle Jérusalem, ou dans le mystère de la communion avec sa vie divine, Il le fait en concluant une Nouvelle Alliance, nouvelle et définitive qui exprime l’union avec Lui par le don total de sa personne dans l’Eucharistie.

Ce n’est qu’après avoir accompagné cet étranger sur nos chemins, dans cette profonde communion qu’Il nous fait découvrir le mystère de la communauté ecclésiale, sa famille, où Il est toujours présent et reconnaissable. L’événement Emmaüs nous rappelle deux choses, d’abord que c’est l’Eucharistie qui fait l’Église et non l’inverse. Et enfin que chaque fois que l’homme essaie de comprendre le mystère de l’Église d’une manière différente de celle que Jésus l’a enseignée aux disciples d’Emmaüs, il s’expose au grand risque de l’échec et de l’incompréhension.

Demandons au Seigneur la grâce de laisser l’Eucharistie ouvrir nos yeux, de nous faire reconnaître la présence de Jésus afin de vivre la conséquence naturelle de cette rencontre : la participation à la vie de la communauté participation qui garantit cette présence dans le pain partagé.

Dimanche 12 avril 2020 : saint jour de Pâques. St Antoine à Brive – Fr. Henri NAMUR, ofm

Célébrer la résurrection du Seigneur au temps du coronavirus, c’est un peu comme vivre l’irruption de la lumière au cœur de nos nuits. Ce matin pas comme les autres, ce matin tout illuminé de la clarté de Pâques, c’est avec les yeux de Marie-Madeleine, de Pierre et de Jean qu’il nous est donné de le contempler. Dans cet Evangile de Jean, il est étonnant de constater combien voir et croire s’engendrent l’un l’autre : « II vit et il crut » ! Il y a là comme un unique élan dans lequel la foi vient au secours de la vision et où la vision suscite la foi. La question du « voir » est à ce point essentielle chez Saint Jean qu’il poursuit son récit en disant : « jusque là les disciples n’avaient pas vu… » et ce que les disciples n’avaient pas vu jusque là c’est que, d’après les Écritures, «il fallait que Jésus ressuscite d’entre les    morts” !

Le terme grec traduit ici par “il fallait” est le même que celui qui est utilisé par St. Luc dans le récit des disciples d’Emmaüs lorsque Jésus dit de lui-même aux deux disciples :”Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ?” Nous sommes donc en présence d’une « nécessité » qui unit tout à la fois la mort et la résurrection de Jésus. Nous le savons, “souffrir”, en grec, se dit “pasco”, c’est la traduction du mot hébreu “pesah” qui a donné le mot “Pâque” et qui veut dire « passer dans un endroit sans s’y arrêter…».

Ce court passage par l’étymologie nous permet de comprendre la nature de cette souffrance nécessaire de Jésus.  C’est une souffrance qui signale un un passage, une Pâque ! Cette souffrance-là ressemble un peu à celle des femmes enceintes dont on dit qu’elles sont « en travail » car cette souffrance nécessaire de Jésus est une souffrance au service d’une naissance, une souffrance au service de la vie. Oui, St Jean a bien raison, il fallait que Jésus souffre tout cela et qu’il ressuscite parce que cette « nécessité » n’est autre que celle de son amour.

Oui, vraiment, Pâque, ce matin, peut retentir joyeusement en nos coeurs, car la résurrection du Christ est vraiment la meilleure bonne nouvelle qui soit jamais arrivée à nos oreilles ! Aujourd’hui, entrons, nous aussi, dans cette expérience pascale qui ouvre en grand la vie de Dieu en nous et fonde notre propre résurrection en Jésus-Christ ! “Nous sommes morts avec le Christ, nous rappelle St Paul, et notre vie reste cachée avec le Christ en Dieu ! Quand paraîtra le Christ notre vie, alors nous aussi nous paraîtrons avec lui dans sa gloire.”

Autrement dit, de même que le bourgeon contient en lui un dynamisme qui le fait nécessairement croître et s’épanouir dans la plénitude de la fleur, de même, nous qui sommes créés à l’image de Dieu, nous sommes capables de Dieu et cette capacité deviendra ressemblance dans la mesure où nous accepterons d’être greffés sur Celui qui est notre Vie ! Oui, il fallait bien que le Christ fît l’expérience de notre humanité jusqu’en ses enfers, pour y tracer, tel un premier de cordée, un chemin d’espérance, un chemin par où sa vie puisse se frayer un passage et par où nous puissions aller vers le Père !

La Résurrection, c’est la victoire du débordement de vie et d’amour de Dieu pour nous dans notre quotidien, fut-il marqué par le Covid 19, un débordement d’amour qui s’exprime dans la façon dont beaucoup donnent et se donnent en ce temps de pandémie. Oui, c’est la vie et la communion et non la maladie et le confinement qui auront le dernier mot ! Soyons bien persuadés que la fête de Pâques 2020 ne passera pas inaperçue, non pas tant à cause du coronavirus, mais parce que la fête de Pâques a puissance de transfigurer tous ces évènements en les illuminant par la foi, l’espérance et la charité.

En ce Saint jour de Pâques, que notre espérance soit aussi forte que la puissance de vie que recèle un bourgeon. En nous donnant son Fils jusque sur la croix, en le ressuscitant, et en nous rendant participant de l’Esprit qui l’a ressuscité, le Père nous a tout donné, Amen, Alleluia !

Brive-Saint-Antoine,

le 12 avril 2020,                                                              Fr Henri Namur, ofm

Homélie du dimanche 05 avril 2020 – Dimanche des Rameaux A – Fr. Carlos

Chers frères et sœurs,

Après un Carême surement inoubliable, nous sommes arrivés au dimanche des Rameaux. Cette année, nous n’agiterons pas des rameaux d’olivier avec nos fidèles

mais nous sommes unis avec eux pour ébranler leurs craintes et leur solitude;

nous ne ferons pas de processions à notre église avec eux,

mais avec nous, ils sanctifierons les couloirs et les chambres de leurs maisons

avec patience et amour;

nous ne pourrons pas nous rassembler en tant que communauté,

mais nous pourrons transformer comme communauté

nos maisons en églises domestiques écoutant la Parole.

Cette année, le Seigneur nous appelle à une profonde conversion

pour vivre cette semaine sainte

Pour revêtir le Christ (Rom 13,14) en communion avec tous ceux qui luttent,

souffrent et espèrent.

Je voudrais attirer votre attention sur l’inscription placée sur la croix de Jésus:

“Celui est Jésus, le roi des Juifs”.

C’est vrai: Jésus est roi, mais c’est un roi complètement différent

des attentes de ses disciples.

Jésus c’est un roi qui surprend.

Un roi que nous n’avons pas encore appris à connaître, à aimer, à contempler.

C’est un roi qui entre à Jérusalem non pas dans un carrosse royal, mais sur un âne emprunté.

C’est un roi qui, entre la trahison de Judas et l’annonce du reniement de Pierre,

se donne tout entier dans le pain rompu et dans la coupe de la nouvelle alliance.

C’est un roi qui enlève ses vêtements et au milieu des regards étonnés des présents,

il se met à genoux et commence à laver les pieds des disciples.

C’est un roi fragile et sans défense comme tout homme.

C’est un roi solitaire, abandonné par ses amis.

C’est un roi sans trône et sans sceptre, nu et méconnaissable, suspendu sur une croix.

C’est un roi qui a besoin d’un signe pour être reconnu.

C’est un roi qui meurt dans une solitude totale,

comme sont morts certains infectés du coronavirus

Nous contemplons aujourd’hui sans aucun doute l’un des traits les plus mystérieux

et les plus extraordinaires de la Croix: Jésus partage l’abandon, la solitude, la pauvreté et la mort avec tous les crucifiés de l’histoire.

Jésus ne nous sauve pas de la mort, mais dans la mort,

il nous sauve en partageant radicalement notre pauvreté et notre fragilité.

Telle est la grandeur de l’amour de Jésus,

sa faiblesse est le signe le plus brillant de la puissance de son amour.

Bon dimanche et que le Seigneur vous bénisse !

Homélie du dimanche 29 mars 2020 – célébration du 5e dimanche de carême en privé – Fr. Henri

Chers ami(e)s, comme à mon habitude, j’ai médité les textes de ce cinquième dimanche de Carême en pensant à vous qui êtes le peuple de Dieu, non pas rassemblé comme chaque dimanche à Saint-Antoine, mais dispersé aux quatre coins de vos confinements. Voici, pour chacune des lectures, les paroles qui m’ont touché :

Ez :« Je vais ouvrir vos tombeauxJe mettrai en vous mon Esprit »

Ps 129 : « Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur ne guette l’aurore ».

Rm : « celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ».

Jn : « Déliez-le, et laissez-le aller. »

Il est trop clair que nous vivons dans un monde qui souffre, notamment en ce moment en raison de la pandémie du coronavirus et des peurs qui en découlent. C’est à bon droit que certains peuvent se poser la question : où est-t-il Dieu ? que fait-t-il ? 

Cette interrogation, voire ce reproche envers Dieu, c’est encore, paradoxalement, une prière. Les psaumes sont là pour en témoigner. Notre Dieu n’est pas un Dieu lointain et absent. Nous pouvons toujours lui exprimer nos peurs et nos interrogations. Quand ça va mal, nous pouvons toujours nous adresser à lui ; et si nous ne savons pas prier, nous pouvons toujours « crier » vers le Seigneur à la façon du psaume 129 qui nous est donné aujourd’hui : « Des profondeurs, je crie vers toi, Seigneur, Seigneur écoute mon appel… »

De son côté, le prophète Ézéchiel nous rappelle la promesse de Dieu : « Je vais ouvrir vos tombeauxJe mettrai en vous mon Esprit » Cette promesse est comme une préfiguration de ce qui s’accomplit dans l’évangile de ce dimanche où nous voyons Jésus appeler d’une voix forte Lazare à sortir de son tombeau…

Il est touchant de voir Jésus, arrivé devant le tombeau de son ami Lazare, faire preuve d’une profonde émotion. Comme nous, il ressent douloureusement la mort d’un ami ou d’un parent…

Par-delà cette émotion oh combien humaine et…divine, il me semble que ce à quoi il convient que nous soyons particulièrement attentifs c’est à ceci : en nous montrant Jésus appelant Lazare à sortir de son tombeau, St Jean nous présente un signe(et pas d’abord un miracle). Le signeque nous donne Jésus, en appelant Lazare à sortir de son tombeau, c’est celui d’un Dieu qui est le Dieu des vivants et non pas des morts.

« Viens dehors ! » En fait, c’est chacun de nous que Jésus appelle ainsi d’une voix forte. En nous appelant à sortir de nos tombeaux, Jésus se révèle comme celui qui nous libère de toutes les bandelettes qui entravent notre vie au point de les étouffer ! Non seulement le Seigneur ne nous libère pas sans nous, mais il demande notre pleine collaboration à cette œuvre de libération. Il compte sur nous pour enlever toutes les bandelettes qui enferment dans des tombeaux. Pour exprimer cette action divine de libération et de relèvement Paul écrit ces mots de feu dans l’épître aux Romains : « celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ».

Oui, le Seigneur est toujours là. Il veut nous remettre debout chaque jour. Il vient faire sauter toutes nos bandelettes, celles de la peur, du désespoir et du repli sur soi. Avec lui, nous sommes rendus, non pas à la vie terrestre, comme pour Lazare, mais pleinement participant de la résurrection du Seigneur. Désormais, tout redevient possible car il nous fait partager sa vie. N’est-ce pas ce don inouï que nous célébrons dans l’Eucharistie, cette Eucharistie à laquelle, en ce temps de confinement, beaucoup d’entre nous communient uniquement par le désir…

Seigneur,

  • Donne-nous de t’attendre comme le veilleur qui guette l’aurore ;
  •  Donne-nous d’accueillir en nos cœurs l’Esprit-Saint dans lequel tu as été ressuscité et qui donne aussi la vie à nos corps mortels ;
  • Donne-nous, en ce temps de carême aux formes si inattendues et déroutantes, cette humilité qui nous permet de nous laisser « délier » par toi de tout ce qui nous attache aux œuvres de mort pour oser aller, en ces temps incertains, comme témoins de ta puissance de vie et d’amour, une puissance plus forte que tous nos tombeaux : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais », Amen.

Saint-Antoine, Brive,

Le 29 mars 2020                                                            fr Henri Namur, ofm

Homélie du dimanche 22 mars 2020 – L’aveugle de naissance – Fr. Henri

Ce temps du Carême nous ouvre un chemin de conversion que nous n’avions pas anticipé et qui passe par l’épreuve du coronavirus. En interdisant tout rassemblement, cette pandémie nous oblige à intérioriser autrement notre vie de foi. Cela passe, entre autres, par l’accueil et la méditation de la Parole de Dieu.

C’est ainsi que la première lecture nous invite à apprendre à regarder comme Dieu,  à ajuster notre regard sur les personnes et les événements à celui de Dieu : « Dieu ne regarde pas comme les hommes. » Les hommes regardent les apparences. Dieu voit celui qui est petit, faible et méprisé. Au moment de choisir un roi dans la famille de Jessé, personne n’avait pensé au petit David qui était aux champs en train de garder les troupeaux. Dieu, qui ne voit pas comme nous, se sert des petits et des humbles pour réaliser de grandes choses : apprenons à regarder comme Dieu !

Dans la seconde lecture, Dieu nous parle de la lumière qui vient de l’Esprit-Saint,  : une lumière qui nous permet d’avoir le regard de Dieu sur le monde. S’adressant aux chrétiens d’Éphèse et à chacun de nous, Paul écrit : « Autrefois, vous étiez dans les ténèbres. Maintenant, dans le Seigneur, vous êtes devenus lumières. » Vivre en « enfant de lumière » c’est précisément arrêter de voir et de raisonner à la manière du monde, c’est se laisser guider par la lumière qui est en Jésus, c’est avoir, comme lui, un regard plein de miséricorde.

Dans l’Évangile, nous voyons justement des disciples qui raisonnent à la manière du monde. Face à un homme aveugle de naissance, ils posent la question qui les préoccupe : « Qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Cette question rejoint les nôtres : « D’où viennent les souffrances, les épidémies, le coronavirus, les catastrophes qui accablent de plus en plus de personnes aujourd’hui ? Est-ce une punition de Dieu pour nos péchés ? Aujourd’hui, Jésus nous apporte une réponse claire : ces malheurs ne viennent pas de Dieu. Dieu est un Père qui aime chacun de ses enfants, un Père qui nous a envoyé son Fils Jésus pour « chercher et sauver ceux qui étaient perdus. »

Il convient de voir dans cet aveugle toute notre humanité souvent plongée dans les ténèbres. Jésus voit notre détresse. Il continue à venir pour nous apporter la véritable guérison et libération. Là où beaucoup sont aveuglés par leurs certitudes, leur orgueil, là où beaucoup se détournent du vrai Dieu pour s’attacher à l’argent, aux richesses et aux petits bonheurs qui ne peuvent vraiment les combler, Jésus veut nous guérir.

Quand Jésus guérit ce mendiant aveugle de naissance, il lui ouvre les yeux deux fois. Il commence par lui rendre la vue qui lui permettra de voir les personnes et le monde qui l’entoure, puis il lui ouvre aussi les yeux de la foi. Tout cela se fait progressivement. Dans un premier temps, l’homme guéri parle de « l’homme qu’on appelle Jésus » ; ensuite il voit en lui un prophète ; puis quand Jésus se révèle à lui comme étant le Fils de l’homme, l’aveugle se prosterne en disant : « Je crois, Seigneur. »

Frère et Sœurs, souvent nous avons l’art de nous enfoncer dans notre aveuglement qui est celui du péché. Nous sommes un peu comme le hibou ou la chouette qui sont aveuglés par la lumière du jour. La Lumière de Dieu nous fait peur. Or, cette Lumière, pour nous, c’est Jésus Christ : nous ne devons pas avoir peur de cette lumière-là ! Jésus se présente à nous comme le soleil qui rendra lumineuse notre vie. Il est celui qui nous dit au matin de Pâques : « n’ayez pas peur !» Cette lumière c’est celle de la foi qui nous aide à voir les personnes et les événements avec le regard de Dieu.

Comme l’aveugle guéri, laissons-nous donc remodeler en l’image et ressemblance de Dieu. Courons, nous aussi, vers ces piscines de Siloé que sont toutes nos rencontres avec le Seigneur. Professons notre foi envers lui en lui disant « je le crois, tu es le Fils de l’Homme ». Avec cette même spontanéité dont fait preuve l’aveugle de naissance, témoignons auprès de nos contemporains qui souvent ne savent pas, eux non plus, d’où est Jésus : « Voilà bien ce qui est étonnant, vous ne savez pas d’où est Jésus et pourtant il m’a ouvert les yeux ». Amen

Franciscains de Saint Antoine à Brive, 22 mars 2020

Homélie du dimanche 8 mars 2020 – 2e dimanche Carême A – Fr. Henri

Homélie du dimanche 1er mars 2020 – 1er dimanche carême A – Fr. Carlos

Homélie du dimanche 23 février 2020 – 7e dimanche A – Fr. Jean Damascène

Homélie du dimanche 16 février 2020 – 6e dimanche A – Fr. David

Homélie du dimanche 9 février 2020 – 5e dimanche A – Fr. Henri



L’intention unique des trois textes bibliques de ce dimanche c’est de nous mettre en présence d’un Dieu, premier de cordée, qui nous guide vers les sommets de la vraie lumière.
 
Dans la première lecture, celle d’Isaïe, nous voyons le prophète qui s’adresse à des gens qui cherchent à plaire à Dieu, des gens qui pensent lui faire plaisir en lui offrant des offrandes. Isaïe leur fait alors remarquer que Dieu n’est pas ainsi. Son bonheur, ce n’est pas de recevoir des offrandes mais de voir l’homme partager son pain avec celui qui a faim, accueillir chez lui les pauvres sans abri, couvrir celui qu’il voit sans vêtement, bref, son bonheur, c’est d’avoir à faire avec celui qui ne se dérobe pas à son semblable.

C’est seulement ainsi, nous dit Isaïe, que la lumière jaillira comme l’aurore et, oserais-je ajouter en anticipant la réflexion sur l’évangile, c’est seulement ainsi que le sel retrouvera son goût de Dieu. La grande joie de Dieu c’est de voir que les relations que nous vivons sont fraternelles et conformes à sa justice miséricordieuse. Sa grande joie c’est quand nous prêtons attention à ceux qui sont faibles, pauvres ou malades.
 
Impossible d’aimer ainsi sans emprunter les chemins de l’humilité ! L’humilité, voilà ce dont témoigne l’apôtre Paul dans la deuxième lecture. St Paul nous précise bien que son message n’a rien à voir avec la sagesse des hommes. Si sa prédication porte du fruit, c’est grâce à l’action du Christ. C’est lui, le Christ, qui agit en lui et dans le cœur de celles et ceux qui entendent sa parole. Ce qui nous est donc demandé en ce dimanche c’est de nous effacer devant celui que nous annonçons. C’est là du grand art et cela demande effectivement de grandir en humilité…
 
L’Évangile, lui, nous met en présence de Jésus et de ses disciples. Jésus leur annonce tout de go qu’ils sont « le sel de la terre et la lumière du monde ». Attention, ce n’est pas là, pour nous, un motif de supériorité et encore moins d’orgueil ! Pourtant, s’entendre ainsi qualifier de sel de la terre et de lumière du monde, cela a de quoi surprendre et faire peur tant nous sommes conscients de notre état de pécheur et de notre indignité… Mais voilà, Jésus ne regarde pas comme nous, il nous regarde avec les yeux de Dieu. Oui, nous sommes pécheurs mais notre véritable vocation, c’est la sainteté qui est précisément l’unique chemin pour rendre le goût de Dieu et éclairer la vie des hommes. Certes, Dieu n’attend pas que nous soyons parfaits ou saints pour nous appeler mais s’il nous appelle c’est bien afin que le devenions ! C’est donc en nous ajustant aux béatitudes que nous deviendrons « le sel de la terre » et « la lumière du monde ».
 
Chrétiens, nous sommes faits pour témoigner de l’expérience que nous faisons de Dieu en révélant aux hommes la beauté et la saveur de leur vie. L’important dans tout cela, ce n’est pas nous mais Celui qui est le sel de nos vies et la lumière du monde !
 
Nous le savons bien, être chrétien, c’est tout à la fois et inséparablement, être disciple et missionnaire
·      
Nous sommes disciples quand nous suivons le Christ afin de nous imprégner de son amour et de sa Parole, le laissant ainsi nous convertir et habiter en nous.

Nous sommes missionnaires quand nous donnons le Christ aux autres en nous donnant nous-mêmes Quelle belle vocation que celle d’accueillir au cœur même de nos pauvretés et fragilités, cette mission de donner le goût de Dieu el sa lumière. C’est rendre à la création de Dieu, dont les hommes sont le couronnement, toute sa splendeur.
 
C’est sans doute la raison pour laquelle ce dimanche a été choisi pour être le dimanche de la santé car c’est être sel de la terre et lumière du monde que de se dévouer auprès des malades, de les visiter, de participer aux équipes d’aumônerie des hôpitaux et maisons de retraite… Ce qui est une belle façon d’assurer auprès d’eux une présence d’Église qui se fait sel et lumière.
 
Soyons bien persuadés qu’être sel et lumière c’est d’abord un don de Dieu, un don qui nous rend capable de redonner de la saveur à celles et ceux qui ont faim de bonheur, faim d’être aimés. Cette mission n’est possible qu’ « avec » et « en » Jésus.
 
Alors, au cours de cette Eucharistie, prions les uns pour les autres afin que notre foi, et sa mise en oeuvre dans notre vie, repose, non pas sur le langage d’une sagesse qui veut convaincre, comme le dit si bien St Paul, mais sur l’Esprit-Saint qui est présence de Jésus Ressuscité à nos vies. Car c’est bien lui, l’Esprit-Saint, qui est en nous puissance de Dieu dont l’amour et la miséricorde se manifestent par un sel qui donne du goût et une lumière qui éclaire tout homme. Amen.
 
Brive, église Saint Antoine, le 9 février 2020,
5ème dimanche du T.O.                                                  fr Henri Namur, ofm

Homélie du dimanche 2 février 2020 – Fête de la Présentation du Seigneur – Père Francis Bestion

Homélie du 26 janvier 2020 – 3e dimanche A – Dimanche de la Parole de Dieu – Fr. Jean Damascène

Homélie du dimanche 19 janvier 2020 – 2e dimanche A – Pasteure Elisabeth Brinkman

Homélie du 12 janvier 2020 – Baptême du Seigneur A – Fr. Henri


Dimanche dernier, nous étions à Bethléem en compagnie des mages. À travers eux, les mages, Jésus était manifesté au monde païen et à tous les chercheurs de Dieu. Aujourd’hui, nous sommes trente ans plus tard pour fêter une autre Épiphanie, celle qui a eu lieu au cours du baptême de Jésus par Jean. Si le baptême de Jésus est aussi comme une épiphanie, c’est bien parce que, lors de ce baptême, Jésus est véritablement révélé, manifesté à Jean Baptiste, à ses disciples, ainsi qu’à la foule.
 
En fait, cette « manifestation », cette « révélation » de Jésus à nos vies était préparée et annoncée de longue date. C’est la raison pour laquelle l’Église nous fait entendre aujourd’hui la lecture du prophète Isaïe qui déjà annonce que le Messie, celui qu’il appelle le « serviteur », ouvrira les yeux des aveugles, rendra la liberté aux opprimés et fera alliance avec son peuple… et tout cela, ajoute Isaïe, se fera dans la « fermeté et la douceur ». C’est là, pour nous, un conseil important.  En effet, si nous sommes ici dans cette église, c’est pour nourrir en nous le témoignage d’un Dieu Serviteur de nos vies. Ce témoignage de notre part ne peut effectivement se faire que dans la « fermeté » de la foi et la « douceur » de l’annonce. Autrement dit, ce témoigne, pour être reçu, exige de chacun de nous de garder fermement le contenu de la foi et, inséparablement, de témoigner par notre vie de cette bienveillance, proximité fraternelle et humilité que l’expérience de cette foi produit en nous et entre nous.
 
En nous faisant revivre le baptême de Jésus, l’Évangile nous confronte à une question majeure :  comment se fait-il que Celui qui n’a pas de péché à se faire pardonner ait besoin de repentir ? Jean lui-même reconnaît que Jésus n’avait pas besoin de ce baptême puisqu’il s’exclame : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi… » La réponse de Jésus à Jean a aussi de quoi nous laisser songeurs : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » A première audition, cette phrase est mystérieuse… et pourtant, elle est la clé de compréhension du baptême de Jésus. Tout d’abord, Jésus ne dit pas « je » mais « nous » ce qui laisse comprendre que le Père et l’Esprit-Saint sont à l’œuvre en lui lorsqu’il décide de recevoir ce baptême. Ensuite, Jésus nous dit que ce baptême est ce qui convient car, par lui, s’accomplit toute justice. Autrement dit, sachant que la seule justice de Dieu, c’est de nous ajuster à son amour, alors le geste de Jésus, le sens de son baptême, s’éclairent. De fait, le baptême de Jésus était absolument nécessaire, non pas pour Lui, bien-sûr, mais pour nous. En effet, ce que nous dit Jésus quand il affirme que dans son baptême s’accomplit toute justice, c’est qu’il est venu pour combler toute distance entre Dieu et nous. C’est pourquoi il n’hésite pas un seul instant à se mêler à la foule des pécheurs pour recevoir comme eux le baptême de Jean. S’il y a une Bonne nouvelle pour nous dans ce baptême de Jésus c’est bien celle-ci : Jésus, certes, est entièrement du côté de Dieu, mais il est aussi et inséparablement, entièrement de notre côté, du côté de l’homme. Au sens strict, Jésus, dans son baptême, a voulu être immergé, plongé, baptisé dans notre condition humaine. Il est entré dans l’eau du Jourdain pur de tout péché, il en est ressorti porteur de tout le péché du monde. Ce mal qui nous accable, il le prend sur lui pour nous en libérer. C’est la raison pour laquelle, lors de la célébration de la messe et juste avant la communion, j’aime bien annoncer clairement, non seulement « voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » mais, selon le texte latin lui-m^me, « voici l’Agneau de Dieu qui porte et enlève le péché du monde, qui tollis peccata mundi  ». Ceci est important car, avant d’enlever notre péché, le Seigneur le prend sur lui, ou comme le dit St Paul de façon lapidaire, « Jésus, lui qui est sans péché, s’est fait péché pour nous ».
 
Baptisés dans le Christ, nous sommes porteurs de cette Bonne Nouvelle de Dieu qui se fait l’un de nous afin que nous soyons tout en Lui. Soyons bien persuadés que l’Esprit de Dieu qui est descendu sur Jésus lors de son baptême est le même Esprit qui nous précède dans le cœur des non croyants, des mal croyants, des païens. C’est lui, Jésus, qui fait que sa Parole, dont nous sommes les messagers, porte du fruit. Dieu ne cesse d’agir au-delà des frontières visibles de son Église. C’est sans aucun doute le sens profond de l’expression forgée au Concile Vatican II lorsque ce dernier parle des « semences du Verbe de Dieu »présentes et agissantes dans le cœur des hommes. Ces semences dans le cœur de nos contemporains, des non croyants, sont comme en attente d’un regard, d’un geste, d’une parole qui leur révèle qu’en Jésus, le Père a mis tout son Amour…
 
Une tradition veut que dans certains pays, pour fêter le premier jour de l’année, on court se plonger dans l’eau froide d’un océan ou d’un lac. Nous, chrétiens, en ce jour du Baptême du Seigneur, nous sommes appelés aussi à courir et à nous plonger sans crainte et avec un grand désir, dans cet océan d’amour qui nous a été révélé lors du baptême du Seigneur. Avec Jésus, plus rien ne peut être comme avant. Il est celui qui a donné Dieu aux hommes et les hommes à Dieu. C’est bien pour cela que, baptisés dans le Christ, nous sommes dans cette église, afin de communier à cet amour, d’en vivre et d’en faire vivre.  Amen
 
Église St Antoine de Brive
Dimanche du Baptême du Seigneur,
12 janvier 2020                                                    fr Henri Namur, ofm

Homélie du 5 janvier 2020 – Epiphanie du Seigneur – Fr. Jean Damascène

Homélie du 1er janvier 2020 – Marie Mère de Dieu – Fr. Henri


« Que le Seigneur te bénisse et te garde… Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix ! » C’est de cette manière que les prêtres invoquaient les bénédictions du Seigneur sur le peuple d’Israël ; c’est de la même manière que St François bénissait fr Léon et ses frères ; c’est de la même manière que Dieu, en son Fils et dans l’Esprit bénit chacune et chacun d’entre nous en ce premier jour de l’année consacré à la solennité de Marie Mère de Dieu. 
 
Cette bénédiction du Seigneur invoquée sur toutes les nations, nous la recevons en plénitude lorsque le Père lui-même envoie son Fils prendre chair de notre chair en Marie de Nazareth honorée à juste titre comme la Mère de Dieu.  Le Verbe fait chair est pour nous bénédiction du Père parce qu’en lui nous retrouvons le chemin de notre patrie du ciel. Par Jésus et dans le souffle de l’Esprit, le Père fait de nous, non plus des esclaves du péché, mais des fils et filles adoptifs, héritiers de sa vie qu’il nous appelle à partager : voilà l’œuvre de Dieu ! Cette œuvre-là, il faut à tout prix la retenir dans notre cœur, à l’instar de Marie qui « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ».
 
Au début de cette nouvelle année, hâtons-nous à la rencontre de Marie, mère de Dieu, pour apprendre auprès d’elle à accueillir la Parole de bénédiction que le Père prononce sur nous en son Fils fait chair. Apprenons de Marie à nous abandonner à l’amour miséricordieux ; de Marie, apprenons aussi à reconnaître le Verbe de Dieu fait chair non seulement dans l’enfant de la crèche mais aussi dans la contemplation de l’Eucharistie et dans l’écoute de la Parole.

C’est bien dans l’adoration eucharistique et dans la méditation de la Parole de Dieu que nous pouvons discerner la bénédiction de Dieu pour nous au travers des événements de notre quotidien. Ce sont là de belles résolutions et de saints vœux pour cette nouvelle année que de retenir et méditer tous les événements de notre quotidien à la lumière de l’Eucharistie et de la Parole de Dieu pour y découvrir la présence vivante
et vivifiante du Seigneur.
 
Autrefois, quand on parlait de la nouvelle année, on utilisait l’expression « an de grâce » Cela nous induit dans la compréhension que chaque année nous est donnée gracieusement, gratuitement pour nous laisser le temps de nous convertir. 2020 s’ouvre à nous comme une nouvelle année au cours de laquelle Dieu nous fera grâce, il continuera à se donner à nous gratuitement afin que nous naissions jour après jour à la plénitude de sa vie. Devant une telle grâce, prenons la pleine mesure de nos années et, surtout, prenons le temps de nous rassasier chaque jour du Pain de l’eucharistie et du Pain de la Parole de Dieu.
 
Demandons à la Vierge Marie, de nous accompagner sur notre chemin à la suite du Christ. Hâtons-nous sur ce chemin, courons d’un pas léger comme le dit Ste Claire à ses sœurs.  Que ce chemin nous fasse cheminer dans l’étonnement et dans la joie malgré les épreuves ! Que ce chemin devienne un chemin d’amour, pour nos proches et ceux qui sont loin, pour nos familles et nos voisins. Ce chemin est une personne dont Marie, sa mère, nous dit « faites tout ce qu’il vous dira »
 
Par l’Incarnation du Verbe, l’éternité de Dieu rejoint notre temps, notre histoire… En cette nouvelle année 2020, apprenons à notre tour à rejoindre l’éternité de Dieu, à accueillir sa Paix, cette paix que le monde ne peut pas donner…
 
 
En la solennité de Marie Mère de Dieu,
 
1er janvier 2020                                                          fr Henri Namur, ofm

Homélie du 5 janvier 2020 – Epiphanie du Seigneur – Fr. Jean Damascène

Homélie du 29 décembre 2019 – Fête de la Sainte Famille – Fr. David

Homélie du 25 décembre 2019 – Jour de Noël A – Fr. David

Homélie du 24 décembre 2019 – Nuit de Noël A – Fr. Henri

En cette sainte nuit, chers frères et sœurs, que la paix soit dans nos cœurs parce que Dieu nous aime. Il nous aime comme jamais quelqu’un n’a aimé sur cette terre ! Vous le savez bien, si nous pouvons dire que nous sommes sauvés, c’est bien parce que nous sommes aimés ! Dieu nous sauve en nous aimant et ce, malgré tout ce que nous lui faisons subir. C’est un peu comme dans nos familles humaines : ce sont les enfants les plus difficiles, fragiles ou malades qui requièrent de la part des parents le plus d’amour

Eh bien, ce « plus d’amour, voici qu’en cette nuit il nous est donné de façon étonnante dans la naissance de Jésus. Une naissance qui s’est faite au cœur de la nuit et qui est passée presque inaperçue…sauf pour les bergers. Ces bergers et ces petites gens qui furent enveloppés de la lumière et de la gloire du Seigneur et qui entendirent la parole de l’Ange, « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple ».  Les bergers font partie de ces petits et pauvres de cœurs à qui l’ange annonce en priorité la naissance de l’enfant. Face à la révélation d’un tel amour, on comprend que l’Ange de Dieu et une troupe céleste innombrable se soient mis à chanter la gloire de Dieu. Mais, ne nous y trompons pas ! Cette gloire de Dieu n’a rien à voir avec celle des hommes !

Arrêtons-nous un instant sur ce qu’est exactement cette gloire de Dieu qui nous est manifestée en cette nuit. En hébreu, la « gloire » c’est ce qui a du poids, c’est ce qui fait qu’une personne fait le poids ; la gloire de Dieu se vérifie dans le fait qu’on peut réellement compter sur Dieu ! Finalement, la gloire de Dieu, c’est sa présence parmi nous, c’est Dieu-avec-nous dans cet enfant de la crèche… Et cette gloire de Dieu rejaillit aussi sur nous ce soir car le Seigneur est avec nous…

  • À la crèche comme sur la croix ;
  • Dans l’Eucharistie comme dans les sacrements qui en découlent…,
  • Dans celles et ceux en qui il fait sa demeure…
  • Dans nos propres vies.

Cette gloire de Dieu trouve une résonance particulière en nos cœurs quand, à notre tour, nous sommes remplis de ce même Esprit-Saint qui, après avoir conçu en Marie l’enfant qui nous est né, est celui-là même qui ouvre nos yeux et notre cœur au grand mystère de l’humilité de Dieu manifesté à la crèche et sur la croix. C’est bien dans ce même Esprit Saint que nous pouvons mettre Dieu au monde en l’accueillant d’abord dans notre cœur et en devenant ainsi sacrements de son abaissement au service du relèvement des hommes ; C’est bien dans ce même Esprit Saint que nous devenons aussi Celui que nous recevons dans le sacrement de l’Eucharistie. C’est toujours dans ce même Esprit-Saint, grand artisan des œuvres de Dieu, que nous sommes revêtus, à notre tour, de la gloire de Dieu qui n’est autre que son amour, un amour qui l’emporte sur nos œuvres de mort, un amour dit tout entier dans cette crèche et qui ne demande qu’à se nicher au plus profond de nos cœurs et de nos vies.

Vous avez remarqué, c’est dans le silence d’une nuit profonde que cette gloire et cette paix sont chantées par les Anges, alors, soyons bien persuadés que c’est dans ce même silence, celui de l’adoration, que nous pouvons nous en laisser revêtir. Adorons donc !

  • Adorons, celui qui se cache dans l’humilité et la vulnérabilité d’un enfant,
  • Adorons donc, celui qui se donne à tous, sans exclusive,
  • Adorons, comme dit St François « Celui qui Chaque jour vient à nous, sous les dehors les plus humbles, Celui qui chaque jour descend du sein du Père sur l’autel entre les mains du prêtre »,
  • Adorons-le en creusant en nous un immense espace de pauvreté et d’humilité qu’il pourra habiter de sa plénitude de vie. …

Quelle source d’Espérance pour nous que cette nuit de Noël où Dieu se fait Dieu-avec-nous dans le dénuement et la dépendance d’un enfant.  Comment avoir peur d’un tel Dieu ? Dans sa manière de naître et de vivre parmi nous, Jésus nous apprend quelque chose d’essentiel, à savoir que tout projet qui en nous vient de lui, se poursuit de la même façon sans bruit, loin des projecteurs, comme la germination du grain jeté en terre ou le levain jeté dans la pâte… C’est pourquoi, ensemble,

  • Demandons la grâce d’un cœur qui veille… pour discerner la gloire de Dieu à l’œuvre au creux des cahots de notre monde et ceux de nos histoires personnelles !
  • Demandons la grâce d’un cœur qui veille… pour apercevoir l’étoile qui indique le chemin de Celui en qui nos nuits deviennent comme le jour…
  • Demandons la grâce d’un cœur qui veille… pour que nos visages s’illuminent de cette lumière plus forte que les ténèbres de la Passion, lumière douce et intime au jour de Noël, lumière resplendissante et fulgurante au jour de la résurrection…

Oui, un enfant nous est né. Non seulement il est né, mais il nous est donné. Dans ce don inestimable s’accomplit toute la puissance d’amour de Dieu pour nous et se révèle l’authentique gloire de Dieu, source de notre paix. Heureux sommes-nous d’être les artisans de cette paix que le monde ne peut pas donner ; Heureux sommes-nous d’accueillir dans la foi, l’humilité et la pauvreté la naissance de Celui que le prophète Isaïe nomme le Prince de la Paix : en lui est la route de notre propre naissance en Dieu… « aujourd’hui, dans la ville de David, nous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur », Amen, Alleluia.

Brive, église St Antoine des Franciscains,

Nuit de Noël 2019                                                     Fr. Henri NAMUR, ofm

Homélie du 22 décembre 2019 – 4e dimanche de l’Avent A – Fr. Jean Damascène

Homélie du 15 décembre 2019 – 3e dimanche de l’Avent A – Fr. Henri

Ce 3ème dimanche de l’Avent est donc celui de la joie. Les lectures sont là pour nous donner la clef de cette joie.

La première lecture, celle d’Isaïe, nous met en présence de personnes qui vivent en exil depuis quarante ans. Le prophète leur annonce qu’elles vont être libérées. Toutes ces personnes sont invités au retour au pays, y compris les aveugles, les sourds, les boiteux, les muets, c’est-à-dire tous ces gens qui étaient exclus des lieux saints en raison même de leurs infirmités qui les rendaient impurs : l’annonce de ce retour qui est pour tous, est effectivement source d’une grande joie !

Cela vaut aussi pour nous aujourd’hui. Certes, la plupart d’entre nous nous ne connaissons pas l’exil en terre étrangère mais nous connaissons bien nos exils intérieurs ; Et quand nous sommes enfermés dans nos aprioris, nos égoïsmes et notre péché, n’est-ce pas une façon d’être emprisonné ? Nous aussi nous avons besoin de revenir de nos exils et de sortir de nos prisons.

Ainsi, nous aussi nous sommes invités à partager cette joie qui naît de la libération que Dieu opère en nous. De plus, Isaïe nous précise que cette joie fait fleurir le désert. Les images parlent d’elles-mêmes. Ce désert c’est quand notre vie est aride, quand elle est sans l’eau de la Parole de Dieu et de son amour. Une chose est claire : face à toutes les difficultés que nous rencontrons inévitablement dans nos vies et dans notre foi, nous ne devons pas nous décourager : aujourd’hui Dieu nous redit sa présence à nos côtés et l’abondance de sa miséricorde. Avec lui, il n’y a pas de situation désespérée. C’est bien cette bonne nouvelle qui est source de notre joie.  Pour le coup, nous comprenons mieux pourquoi ce dimanche est appelé traditionnellement dimanche de « Gaudete », un mot latin qui signifie « joie intérieure, joie intime ». Un mot latin qui est l’exact équivalent du mot grec des évangiles par lequel l’Ange salue Marie en lui disant : « Réjouis-toi Marie car tu as trouvé grâce auprès de Dieu ». C’est vrai pour le peuple dont l’exil prend fin, c’est vrai pour Marie et c’est vrai pour nous. Il ne nous suffit que de l’accueillir cette grâce de notre libération. En présence d’un Dieu qui nous fait grâce, d’un Dieu qui agit gratuitement pour notre bien, nous ne pouvons qu’être remplis de joie.

De même qu’Isaïe vient de nous évoquer le retour du peuple d’Israël en sa terre, de même Saint Jacques nous parle d’une autre ’entrée, celle du Seigneur dans notre monde, son Incarnation à Noël et son retour à la fin des temps. Toutefois St Jacques s’empresse de nous préciser que la venue du Seigneur ce n’est pas pour tout de suite ; il nous invite à la patience. Pour mieux se faire comprendre, il nous donne l’exemple du cultivateur qui, lorsqu’il a semé, attend patiemment la récolte précoce et la récolte tardive (cela fait penser aux ouvriers de la première et de la dernière heure). Une belle façon de nous dire que ce temps de l’Avent est fait pour nous rappeler que c’est tout au long de notre vie que nous devons nous préparer à cette rencontre joyeuse et définitive avec le Seigneur.

Venons-en à l’Évangile qui, lui, attire notre attention sur Jean Baptiste. Il vient d’être incarcéré. Du fond de sa prison il est tenu au courant par ses disciples de la manière dont se déroule la mission de Jésus. Jean est troublé, il traverse comme une nuit de la foi. C’est pour cela qu’il envoie ses disciples pour poser à Jésus la question décisive concernant le Messie : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un        autre ? »

Jésus répond en énumérant les signes qui caractérisent la venue du Messie, signes qui s’accomplissent en lui : guérisons, purification des lépreux, résurrection des morts et surtout la bonne nouvelle annoncée aux petits et aux pauvres.

Dans la célébration de cette Eucharistie, demandons à l’Esprit-Saint d’ouvrir nos yeux, nos oreilles et surtout notre cœur à la présence de Jésus dans ces petits et ces pauvres de coeur. Demandons à l’Esprit-Saint la grâce de la minorité et de la pauvreté évangéliques afin d’être à notre tour porteurs de la Bonne Nouvelle du Royaume et, comme lui, d’exulter de la même joie qu’il éprouva lorsque, sous l’action de l’Esprit Saint, il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta      louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits (Lc 10, 21).

Enfin, l’Évangile se termine par l’éloge que Jésus fait de Jean Baptiste. Oui, Jean-Baptiste est le plus grand puisqu’il est celui qui se tient à la charnière de l’Ancien et du Nouveau Testament. Il est le plus grand des prophètes de l’AT, celui qui désigne l’Agneau de Dieu en qui se réalise la plénitude de toutes les promesses. Ceci étant, le plus petit dans le Royaume est plus grand que lui puisque tout baptisé participe par pur don de la grâce et de l’Esprit-Saint à la vie même de Jésus. Tout baptisé,  devient membre du Corps du Christ.  Là est certainement la source de notre joie que nous sommes appelés à partager.

Que Marie nous aide à rencontrer et servir le Seigneur dans son Eucharistie et dans le soin que nous prenons de nos frères et soeurs. C’est là qu’il attend de naître au creux de nos pauvretés pour nous remplir de sa joie. Amen.

Brive, troisième dimanche de l’Avent

Dimanche 15 décembre 2019                                 fr Henri Namur, ofm

Homélie du 8 décembre 2019 – 2e dimanche de l’Avent A – Fr. David


Homélie du 1er décembre 2019 – 1er dimanche de l’Avent A – Fr. Henri

Frères et Sœurs, même si le texte de l’évangile nous déstabilise un peu, ne craignons pas ! Malgré les apparences, Jésus ne nous menace pas. Ce n’est pas sa manière d’être envers nous. Dans sa bienveillance, il nous avertit, ce qui est différent. Il nous avertit de façon claire et ferme afin que nous ne rations pas le passage de Dieu dans chacun des jours de nos vies comme à la fin des temps. C’est pour cela qu’il nous rappelle ce qui s’est passé au temps de Noé pour nous rendre vigilants aujourd’hui comme à son retour définitif à la fin des temps.

En effet, le risque de passer à côté de Jésus est bien réel pour nous aussi. Nous risquons de ne « ne pas reconnaître le moment où Dieu nous visite ». Ce risque est d’autant plus grand que nous sommes souvent complètement absorbés par nos affaires et nos soucis, agrippés à nos propres jugements et évaluations qui ne laissent que peu de place à Dieu. Et pourtant, c’est bien Dieu qui est notre à-venir, notre Avent !

C’est précisément vers cet à-venir du Seigneur, vers son retour, que pointent les trois lectures de ce dimanche. Isaïe fait référence à une fête juive appelée fête de Souccot que l’on traduit par « Fête des Cabanes », ou « des Tentes ». C’est l’une des trois fêtes de pèlerinage au cours de laquelle le peuple rassemblé célèbre dans la joie la présence de Dieu à ses côtés lors l’Exode, c’est-à-dire lors de la sortie d’Égypte. Isaïe s’appuie sur l’image de ce pèlerinage à Jérusalem où les gens viennent de partout. S’il relate cet événement c’est pour nous faire comprendre que ce grand rassemblement en préfigure un autre bien plus important, celui du rassemblement de toutes les nations dans la paix de Dieu à la fin des temps, ce temps où, comme le dit si bien Isaïe, « nous n’apprendrons plus la guerre ».

Force est de reconnaître qu’en ce temps où nous sommes la guerre est encore bien présente dans le monde, à tel point que le Pape François nous dit que nous vivons véritablement une troisième guerre mondiale par morceaux. Mais quand le prophète Isaïe nous projette vers un avenir de paix, son message ne s’appuie pas sur la folie des hommes mais sur les promesses de Dieu. Et c’est bien cette présence du Dieu de Paix qu’en ce temps de l’Avent nous sommes invités à attendre en le remettant au centre de nos vies afin de devenir d’authentiques artisans de sa paix autour de nous.

Quant à Paul, dans la lettre aux Romains, sa façon de nous rendre attentif à la venue du Seigneur c’est de nous secouer carrément en nous disant : « Réveillez-vous ! » Ne retombez pas dans les lourdeurs et les impasses d’avant votre conversion.  « Rejetez les œuvres des ténèbres, revêtez-vous des armes de la lumière ». Rejeter…, revêtir… » c’est bien le langage de la conversion. Je rejette le péché qui m’aliène et je revêts la lumière qui me rend libre…

Donc, frères et sœurs, pas de temps à perdre, recentrons nos vies sur l’essentiel. Ne nous laissons pas submerger par nos préoccupations. Il n’est pas question de les nier puisqu’elles font partie de notre quotidien. Mais ces préoccupations, il s’agit de les mettre à leur juste place qui n’est pas au centre puisque c’est celle de Dieu, il s’agit de les « ordonner » par rapport à Dieu. Notre priorité de disciples du Christ, c’est de rester uni au Seigneur en toutes circonstances, le plaçant, lui, au centre de nos vies et de vivre en enfant de lumière.

C’est bien cet appel à la vigilance que Jésus nous lance dans l’évangile ; c’est-à-dire un appel à entrer dans cet art de veiller et d’attendre activement. Jésus nous parle de sa venue, celle du Fils de l’Homme, à la fin des temps. Les mots de Jésus ne sont pas faciles à recevoir mais, ne nous y trompons pas, c’est l’amour qui se tient derrière ces mots un peu durs. Encore une fois, cet Évangile n’a pas été écrit pour nous faire peur mais pour nous éclairer. La seule réalité qui compte, c’est la venue du Christ et il s’agit d’y être présent, d’où l’insistance de Jésus : « Tenez-vous donc prêts vous aussi ! » 

L’Avent est donc pour nous ce temps d’intense préparation à cette venue du Sauveur. Cela passe par des temps de prière. Cette prière qui nous aide à changer notre regard sur ce qui nous environne ; cette prière qui nous aide à mieux comprendre ce monde qui ne va pas si bien que ça. Ce monde que Dieu veut sauver puisque Jésus est venu pour chercher et sauver celles et ceux qui sont perdus dans leur vie personnelle, familiale ou amicale. Or, nous le savons bien, la meilleure façon de veiller, tout spécialement en ce temps de l’Avent, c’est de rester en communion constante avec notre Seigneur pour recevoir de Lui non seulement notre pain quotidien mais aussi celui de celles et ceux vers qui il nous envoie pour les nourrir en son nom…et vous aurez compris que je parle du pain de la charité de Dieu qui passe par nous !

Cette Eucharistie qui nous rassemble en ce dimanche, nous fait vivre cette veille et cette attente du Christ qui vient. La preuve ? C’est qu’après la consécration nous chantons de tout coeur « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attentons que tu viennes ».

Ensemble, et avec ferveur, demandons à la Vierge Marie, elle qui s’est faite toute attente et qui a su accueillir le moment où Dieu la visitait, de nous accompagner dans cet art d’attendre le Seigneur, d’abord dans notre vie de tous les jours, aux heures que lui seul connaît, et aussi à l’heure que nous ne connaissons pas, celle de notre mort et de son retour, Amen.

St Antoine, Brive, Premier dimanche de l’Avent,

Le 1er décembre 2019                                                        fr Henri Namur, ofm

Homélie du 24 novembre 2019 – Christ-Roi – Fr. Jean Damascène

Homélie du 17 novembre 2019 – Fr. Jean Damascène

Homélie 10 novembre 2019 – Fr. David

Homélie 3 novembre 2019 – Fr. David

Homélie – Toussaint 2019 – Fr. Jean Damascène

20 octobre 2019 – 29ème dimanche du temps ordinaire

L’extrait du livre de l’Exode et la lecture de l’Évangile de St Luc focalisent tous deux sur une seule urgence : la nécessité de la prière dans notre vie. Le livre de l’Exode nous montre, non sans un certain humour, Moïse en prière. Il a les mains tendues vers le ciel. La fatigue se faisant sentir, il ne peut plus les tenir ainsi. Qu’importe, Aaron et Hour vont soutenir ses bras. Si Moïse prie ainsi, c’est en vue d’obtenir la victoire sur ses ennemis. En transposant ce récit à notre vie d’aujourd’hui, c’est bon de savoir que c’est dans la prière seule que nous pouvons être victorieux de l’ennemi de nos vies que l’évangile nomme Satan, Père du mensonge, Diviseur. lire la suite

frère Henri

6 octobre 2019 – 27ème dimanche du temps ordinaire

frère Henri

« Ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi… Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous ». « Raviver », « Garder »…S’il est un homme qui a mis en œuvre ces encouragements chaleureux de St Paul à Timothée, c’est bien St François. C’est avec enthousiasme et simplicité qu’il a ravivé ce don gratuit de la foi en vivant le Saint Évangile de Dieu et c’est dans cette même foi qu’il a gardé et vécu dans la louange et l’action de grâce le Saint Évangile de notre Seigneur. lire la suite

29 septembre 2019 – 26ème dimanche du Temps Ordinaire

frère Jean Damascène

22 septembre 2019 25ème dimanche du Temps Ordinaire

frère David

Saint-Antoine de Brive, le 15 septembre 2019

Frères et Sœurs, la grande tentation qui nous guette après avoir entendu les paraboles de la brebis perdue, de la pièce perdue et du fils perdu c’est de nous dire « ah oui, je connais bien ! » et d’en rester là. Or, le but d’une parabole, c’est de nous toucher au cœur et de nous conduire à un changement de regard et de pratique, bref, de nous conduire à la conversion. Et ça, il ne faut pas le rater ! A bien y regarder, les trois lectures disent la même chose, à savoir l’urgence d’entrer dans la miséricorde de Dieu. Alors, commençons par la première lecture, celle du livre de l’Exode.

C’est l’histoire du veau d’or. Pendant que Moïse est en présence de Dieu sur la montagne, les Hébreux se fabriquent un dieu en forme de veau, puis ils se prosternent devant lui. Alors bien-sûr, aujourd’hui nous pouvons nous pouvons penser que ce comportement est dépassé. En fait, il est bien d’actualité car, à défaut de se prosterner devant le veau d’or, nous nous prosternons devant le dieu argent, ce qui revient au même ; et nous voyons bien que cette course au profit est la cause de nombreuses et criantes inégalités et de malheurs.

Ce peuple Hébreux qui se fabrique un veau d’or est pourtant celui-là même qui vient de faire l’expérience d’un Dieu libérateur alors qu’il était esclave en Égypte. Même après cette expérience de libération mise en œuvre par Moïse sous la houlette de Dieu, ils ont vite laissé tomber le Dieu de l’Alliance pour se tourner vers des dieux qui n’ont sont pas. C’est alors, nous dit le texte, que Dieu se met en colère et menace d’exterminer son peuple infidèle. Là encore, nous savons bien qu’en réalité ce n’est pas Dieu qui punit ; c’est nous qui faisons notre malheur en nous détournant de lui. C’est tout de même une différence fondamentale !

Ce qui importe pour nous ce matin, c’est que, face à la menace qui pèse sur son peuple, Moïse se met à supplier le Seigneur. C’est cette supplication de Moïse pour son peuple que nous devons retenir. C’est un exemple qu’il nous donne. Car nous sommes trop souvent plus prompts à dénoncer les coupables, à les enfoncer ou à ne voir que le mal chez eux, plutôt que de leur venir en aide et de prier pour eux. Cela crée un climat malsain. Ce matin Dieu nous appelle à convertir nos réactions premières. Certes, nous ne sommes pas naïfs, comme Moïse, nous voyons tout ce qui va mal mais plutôt que d’en rajouter et d’enfoncer les autres, nous sommes invités, comme Moïse, à porter dans notre prière ce mal et ceux qui le commettent. C’est cette capacité à prendre souci des autres en priant pour eux et en les aidant à sortir de ce qui les emprisonne qui nous aidera progressivement à nous ajuster à Dieu qui aime tous les hommes et qui veut leur salut. En clair, nous devons lutter contre le péché mais sauver le pécheur !

Passons maintenant à l’Évangile de Luc qui ne dit pas autre chose. Il met en pleine lumière ce qui était déjà à l’œuvre dans ce récit du Premier Testament. Il met sous nos yeux ce Dieu qui n’est qu’Amour, ce Dieu qui répond au mal que nous faisons par sa seule miséricorde afin que nous devenions comme Lui des êtres qui font miséricorde. C’est émouvant de voir combien Jésus est entièrement présent à tous ces gens qui viennent l’écouter. A en juger par les réflexions des scribes et des pharisiens qui s’étonnent que Jésus aille manger chez les gens de mauvaise vie, on peut en déduire que le drame de ces scribes et pharisiens c’est que, dans leur fidélité à la tradition, ils ont confondu fidélité et raideur, oubliant ce que miséricorde veut dire. C’est donc pour eux et pour nous aujourd’hui, que Jésus raconte les trois paraboles de la miséricorde, celle de la brebis perdue, de la pièce perdue et du fils perdu.

La bonne nouvelle de ces paraboles c’est précisément que Dieu, en Jésus, est venu chercher et sauver ceux qui étaient perdus. Sa miséricorde est infiniment plus importante que tous les péchés du monde. Dieu croit à notre capacité à nous convertir. Comprenons bien : la conversion c’est un changement de direction, un véritable demi-tour. Nous avons tourné le dos à Dieu, nous revenons à lui. Lui-même nous prend par la main pour nous sortir des chemins de perdition et nous conduire vers la vraie vie. Tout ce que nous avons à faire, en fait, c’est de nous laisser faire mais, pour cela c’est à notre orgueil qu’il faut tourner le dos !

Ces trois paraboles nous disent donc l’amour démesuré de Dieu pour nous et pour le monde entier. Dieu est comme ce berger qui abandonne son troupeau pour aller à la recherche de la brebis perdue. Il sait bien qu’elle ne reviendra pas toute seule. Il est surtout comme ce père qui accueille son fils retrouvé à bras grands ouverts. Il ne pose aucune question sur les motivations de ce retour. La seule chose qui compte c’est la joie extraordinaire de retrouver son fils.

Aujourd’hui, nous sommes invités à nous associer à cette joie et à rendre grâce. Comme Moïse, nous sommes appelés à supplier le Seigneur pour notre monde, nos quartiers, nos familles. C’est bien pourquoi nous sommes dans cette église pour prendre conscience de l’amour dont nous sommes aimés, en rendre grâce et confier à Dieu tout ce qui ne va pas en commençant par nous car la véritable conversion ça commence par nous-mêmes. C’est bien ce qu’a compris St Paul qui, après avoir persécuté les chrétiens, a fait une rencontre extraordinaire qui a complètement bouleversé sa vie. Dans l’expérience du pardon qu’il a reçu il a compris que le Christ est venu dans le monde pour sauver non ceux qui étaient « conformes » mais ceux qui étaient perdus. Alors, demandons au Seigneur qu’il nous apprenne à nous regarder les uns les autres comme Dieu nous regarde afin d’être des témoins de sa miséricorde. C’est ainsi et pas autrement que nous retrouverons la splendeur première dans lesquelles nous avons été créé par pur amour… Amen !

Fr Henri Namur, ofm

Dimanche 9 septembre, 23ème dimanche ordinaire

Frère Jean Damacène

Dimanche 1er septembre 22ème dimanche du temps ordinaire

Frère Henri

Jeudi 15 août, fête de l’Assomption

Frère Carlos

Dimanche 11 août, 19ème Dimanche du temps ordinaire

Frère David

Brive, le 28 juillet 2019,
Fr Henri Namur, ofm

La première lecture, celle de la Genèse, nous montre qu’il nous faut prier sans cesse et sans nous décourager car Dieu n’est pas sourd : il entend nos appels, il prend souci de nos vies…Rien que cette simplicité du dialogue avec Dieu, c’est déjà pour nous une bonne nouvelle !
Dieu va encore plus loin. Il va au-delà de nos demandes à horizon purement humain…, Il veut notre vie pleine et heureuse, non pas selon la conception que nous avons de la plénitude et du bonheur, mais selon ce qu’il est lui, comme source de toute plénitude et bonheur. Pour Dieu, une vie pleine et heureuse, ça passe nécessairement par le pardon donné et reçu. C’est pourquoi, ayant entendu la prière d’Abraham, il accepte de pardonner aux pécheurs de toute une ville, Sodome, à cause des seuls dix justes qui pourraient s’y trouver ! Il est intéressant de noter qu’Abraham n’ose pas continuer à diminuer le nombre des justes mais que Dieu lui, en Jésus, ose ! Car, à bien y réfléchir, Jésus est effectivement le seul Juste qui, par le don de sa vie, accomplit pour nous tout l’amour du Père.
C’est en ce sens que nous pouvons dire que Jésus nous sauve. Mais, de quoi nous sauve-t-il ? Quand on dit de quelqu’un “il est sauvé”, on veut dire par là qu’il est sorti d’un grand péril de mort où il se trouvait du fait de la maladie, d’un accident, ou d’une dépression ou que sais-je encore ! Quand nous, chrétiens, nous disons que nous sommes sauvés, nous ne disons pas autre chose mais nous le disons en nous référant au péril de mort dans lequel nous met notre péché. Un péril qui provient du fait que le péché provoque en nous comme une diminution, voire une rupture dans la communication vitale que nous avons avec Dieu. Ce péril, Jésus l’a vaincu par son amour mené jusqu’au bout de sa croix, un amour qui s’est fait pardon « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Être sauvé c’est donc être arraché au risque d’asphyxie dans lequel nous met notre péché et retrouver le bonheur de respirer à pleins poumons l’amour de Dieu et des autres…et cela passe par le pardon reçu et donné.
L’Évangile, quant à lui, nous donne à contempler Jésus en prière ! Les disciples sont impressionnés par la façon dont Jésus prie. C’est pourquoi ils lui demandent de leur apprendre à prier. Ne pensez-vous pas que toutes nos prières devraient commencer de la même façon : “Seigneur, apprends-nous à prier car nous ne savons pas bien prier comme il faut » ?
En fait, Jésus ne fait pas un discours sur la prière mais il nous livre le secret de sa propre prière : “quand vous prier dites ‘Père’ “. Dire « Père » c’est entrer dans une relation filiale, intime et confiante. Une relation qui nous conduit à convertir nos propres prières de demande en les situant dans la perspective du Royaume de Dieu. Car ce qui importe d’abord dans la prière, c’est de demander de tout notre cœur que le Royaume de Dieu se réalise dans notre vie, dans nos relations, dans nos engagements … Ainsi, nous voyons bien que la prière n’est pas faite pour changer Dieu, mais bien pour nous changer nous-mêmes ! Car ce n’est pas Dieu qui est sourd mais nous qui le sommes trop souvent ! La prière est pour nous un véritable exercice vital auquel il importe de nous adonner quotidiennement afin de nous former, de nous conformer à la manière d’aimer de Dieu, à sa manière de voir et d’être. Bref, la prière est le meilleur moyen de notre conversion et de notre croissance dans la liberté de Dieu.
Imaginez un seul instant un pompier qui ne se soumettrait à aucun exercice d’entraînement ? Il ne serait alors pompier que de nom, et se révélerait à coups sûr complètement incompétent et inefficace dans le feu de l’action ! Ainsi en va-t-il de la prière qui, pour nous, est l’exercice qui nous familiarise avec Dieu au sens où nous devenons « quelqu’un de la famille » de Dieu, semblable à lui dans les diverses situations où nous nous trouvons. Soyons bien persuadés que c’est au creux même de notre prière d’abandon que nous serons vraiment des levains du Royaume ….
Ceci étant, il faut bien reconnaître que, parfois, nous prions comme des païens. Nous faisons de la prière une demande magique qui n’a pour but que de satisfaire nos petits intérêts. Ce qui est une façon d’annexer Dieu à nos désirs ! C’est pourquoi il est urgent de prêter attention aux mots par lesquels Jésus conclue l’évangile de ce jour : “Si vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent !” Voilà la vraie prière de demande, voilà la seule demande que nous pouvons adresser à Dieu en vérité, celle de nous donner son Esprit-Saint et de le laisser prier et agir en nous. Seul l’Esprit-Saint peut prier en nous au point de nous ouvrir à cette Espérance au-delà de toute Espérance qui vient transfigurer nos chemins et qui a pour nom Jésus-Christ. Finalement, la prière, telle que Jésus nous l’enseigne, est un compagnonnage de tous les instants avec Celui dont Jésus n’a eu de cesse d’accomplir la volonté bonne.
« Faire la volonté du Père », n’est-ce pas précisément pour cela que nous sommes rassemblés ce matin ? Rassemblés par l’Esprit-Saint autour de la table du Seigneur, afin de conformer nos vies à la sienne et permettre ainsi à sa volonté d’amour de faire son chemin en nous pour atteindre, par nous, tout homme sans distinction. Amen.



Brive le 14 juillet Frère Henri

Jésus, comme souvent dans l’évangile, répond par une parabole à la question qui lui est posée : « qui est mon prochain ? ». Comme dans la plupart des paraboles, les personnages sont anonymes : il s’agit d‘un homme’ ; d’un prêtre’ ; d’un lévite’ ; d’un Samaritain’. Le but de cet anonymat c’est de nous permettre de nous identifier librement avec l’un ou l’autre de ces personnages…

Et Jésus commence : un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tombe sur des bandits qui le dépouillent et le rouent de coups, le laissant à moitié mort.’ Il faut savoir que cette route menant de Jérusalem à Jéricho était réputée pour être un véritable coupe-gorge.

Trois personnes passent par-là : un prêtre, un lévite et un Samaritain. Le prêtre et le lévite, en raison de l’observance des règles de pureté rituelle passent à côté de cet homme sans s’arrêter. Seul, le Samaritain, qui est considéré comme hérétique en raison du reproche qui est fait aux Samaritains d’adorer Dieu sur le mont Garizim et non dans le Temple de Jérusalem, seul cet étranger méprisé est saisi de compassion et prend soin du blessé…

Par cette parabole Jésus s’adresse tout à la fois à notre intelligence, à notre foi et à notre cœur pour nous faire découvrir que nous courons un grand risque : celui de penser aimer Dieu alors que nous laissons de côté notre prochain. Ce danger est plus que d’actualité quand on pense au problème, certes difficile, de l’accueil des réfugiés. Le Samaritain, lui, ne se contente pas de regarder le mourant, il se sent impliqué au plus intime de lui-même ; c’est sa compassion qui le pousse à mettre en œuvre tout ce qui est possible pour sauver l’homme. Il n’attend pas que les pouvoirs politiques aient résolu la question. De ce point de vue on peut dire que la véritable compassion n’est pas un sentiment mais plutôt une action. Une action qui conduit à prendre soin de l’autre. La compassion c’est aussi, au sens étymologique, la Passion de Jésus pour nous…

Jésus invite donc le docteur de la Loi, et nous avec, à entrer dans la logique de la parabole, c’est-à-dire à agir comme le Samaritain en nous faisant le prochain de l’autre, quel qu’il soit. Mon prochain, c’est celui dont je me fais proche…mon frère, ma sœur en humanité.

Alors bien-sûr, on peut lire avec bénéfice cette parabole du Bon Samaritain, en voyant dans le Samaritain Jésus lui-même. Jésus qui, dans son incarnation, vient prendre soin de nous. Dans l’homme tombé aux mains des brigands on peut découvrir notre propre Humanité égarée et blessée par son péché. Les Pères de l’Église ne se sont pas privés d’une telle interprétation.

Ce récit est donc celui de la miséricorde de Dieu pour nous. Ce récit nous dit que ni la Loi, ni l’offrande des sacrifices, représentés par le docteur de la Loi et le lévite, ne peuvent sauver l’homme du péché. Cette parabole nous fait comprendre que seul le Christ prenant sur lui le péché de l’Homme par son sacrifice sur la Croix, guérit toute l’Humanité de ses plaies et de son péché. Aujourd’hui encore Dieu continue à prendre soin de nous en faisant de sa Miséricorde une hôtellerie, comme celle de Saint-Antoine, c’est-à-dire un lieu d’Église où celles et ceux qui peinent et ploient sous le fardeau trouvent le repos. Vu comme cela, l’Église est bien cet hôpital de campagne dont parle le Pape François…

Il est aussi tout à fait possible de faire une lecture allégorique de cette parabole et de voir dans l’huile utilisée par le Samaritain une référence à l’huile de l’onction pour les sacrements ; dans le vin, remède de l’époque, une référence à l’Eucharistie ; dans le temps qui s’écoule avant le retour du bon Samaritain, ce temps que nous vivons entre l’Ascension du Christ et son retour promis par lui à la fin des temps.

Pour résumer et conclure, on peut dire que la compassion du Samaritain pour l’homme blessé c’est celle du Christ qui dispense sans compter compassion et guérison. Et nous qui portons le nom de chrétien, nous sommes appelés à être comme le Samaritain de la parabole. Membres du Corps du Christ qu’est l’Église, nous sommes porteurs de son amour pour toute personne rencontrée. Beaucoup de saints ont pratiqué la miséricorde, à commencer par Saint François auprès des lépreux, ces exclus de la société.

C’est donc clair : l’amour de Dieu ne peut être séparé de l’amour du prochain. Aimer comme Dieu nous aime dans la parabole de Bon Samaritain, suppose qu’on se laisse d’abord rejoindre soi-même par l’amour de Dieu. Nous pouvons aimer comme Dieu parce que Dieu lui-même nous a aimés le premier. D’où l’importance d’être ‘branché’ sur le Christ dans les épreuves comme dans les joies et je ne connais pas d’autre façon d’être branché sur le Christ que de prier, d’écouter la Parole de Dieu, de recevoir les sacrements, à commencer par l’Eucharistie, pour y puiser tout son amour et le déverser au fil des jours et de nos rencontres, Amen.

Brive, Saint-Antoine, le 14 juillet 2019,                     Fr Henri Namur, ofm