Sanctuaire des Grottes de Saint Antoine

Homélies des dimanches

Homélie du 4décembre 2022 – 2e dimanche Avent A – Fr Jean Damascène

Homélie du 27 novembre 2022 – 1er dimanche Avent A – Fr David

Homélie du 20 novembre 2022 – Christ Roi C – Fr Jean Damascène

Homélie du 13 novembre 2022 – 33e dimanche C – Sylvain Mansart

Homélie du 6 novembre 2022 – 32e dimanche C – Fr Henri

Homélie du 1er novembre 2022 – Fête de Toussaint C – Fr Henri

Frères et sœurs, avec l’Apocalypse Saint Jean nous met en présence d’une foule immense. On se croirait dans l’ambiance d’un festival de musique. La différence, ici, c’est que cette foule n’est pas anonyme, ce sont les serviteurs de Dieu, autrement dit, les saints. Et puis, ils sont reconnaissables à la couleur de leur vêtement qui est blanc. Ils n’ont pas de badge mais ils sont marqués du sceau qui est la marque du Dieu vivant. À la différence des festivals de musique, ce n’est pas vers des musiciens et chanteurs que s’élèvent leurs acclamations mais vers Dieu. Ce qu’ils proclament d’une voix forte c’est que le Salut ne vient pas des hommes mais qu’il est donné par notre Dieu…  Le message est clair, Dieu seul sauve ! C’est ce que disent les visages des saints qui nous sont présentés dans cette église. Tous ces gens, nous dit St Jean, « viennent de la grande épreuve…ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau… Dit autrement, tous ces gens, ce sont les saints de la vie de tous les jours, ces hommes et ces femmes qui ont fait de leur baptême un témoignage quotidien de conversion et d’amour. Cette foule est à ce point immense que St Jean nous dit que « nul ne pouvait la dénombrer ». Ce qui veut bien dire que les saints, les amis de Dieu, sont bien plus nombreux que ceux que l’Église déclare comme tels… !

Cette foule immense ne connaît pas de limites : tous nous sommes appelés à les rejoindre pour tendre nous aussi vers la bonté et la beauté de Dieu : là est notre vocation ! Devenir saint peut nous paraître difficile, voire inaccessible. Saint Jean et Saint Matthieu viennent à notre secours en nous proposant deux façons de nous engager sur un chemin de sainteté.  La première façon, nous dit Saint Jean, c’est d’être pur.  Il affirme que lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est et il ajoute : « tout homme qui fonde sur le Christ une telle espérance se rend pur comme lui-même, Jésus, est pur » … De quelle pureté s’agit-il ? Le cœur pur, dans toute la tradition biblique, c’est celui qui n’est pas double !  Cette pureté, ici, n’est autre que celle qui transforme notre regard, nos intentions et notre agir. Pureté et sainteté sont intimement liés… En fait, est pur, celui qui consent à sa vocation à la sainteté. Emprunter les chemins de la sainteté, c’est donc croire, pour en vivre, qu’au cœur même des contradictions et des nuits de nos vies, nous sommes comblés de l’amour du Père qui nous appelle ses enfants.

L’autre façon de nous engager sur un chemin de sainteté, c’est de faire des Béatitudes notre nouvelle manière d’être. Saint Matthieu nous propose de commencer par contempler Jésus qui a prié toute la nuit et qui, au sortir de ce cœur à cœur avec son Père se met à enseigner les foules. Jésus prend le temps de construire en chacun une nouvelle manière d’être, une nouvelle manière de naître à la vie des enfants du Royaume, une nouvelle manière d’être heureux selon Dieu. Ces béatitudes, aujourd’hui, ce pourrait être :

  1. Bienheureux vous qui mettez vos pas dans ceux de Jésus et empruntez le chemin de pauvreté qui fut le sien….
  2. Bienheureux, vous qui faites de l’humilité votre boussole pour retourner dans la maison du Père,
  3. Bienheureux, vous qui êtes des chercheurs de Dieu,
  4. Bienheureux, vous qui, dans un monde violent et peu enclin à pardonner, êtes habités par la douceur et la proximité fraternelle d’un François d’Assise,
  5. Bienheureux, vous qui pleurez à cause du péché, le vôtre, celui du monde et celui de l’Église …,
  6. Bienheureux, vous qui êtes des artisans de paix dans les situations complexes et dramatiques que connaissent les migrants et les victimes des épidémies et du terrorisme…
  7. Bienheureux, vous qui contemplez dans la croix de Jésus l’amour qui pardonne et relève et invite à la sainteté…
  8. Enfin, bienheureux, vous qui ne confondez pas sainteté et perfection, vous qui vous laissez ajuster à Dieu par Dieu seul…

On pourrait allonger la liste de ces béatitudes qui dynamisent notre espérance et notre chemin de sainteté. Certes, choisir l’Évangile du Christ, c’est inévitablement affronter l’épreuve, parfois même la persécution mais heureux sommes-nous car, au cœur de tout cela, brille déjà la joie et l’allégresse qu’il y a dans le cœur de Dieu et dans tous ces saints d’hier et d’aujourd’hui qui ont vécu et vivent en enfants de lumière.

Dans la célébration de cette Eucharistie rendons grâce pour cette dynamique communion des saints qui, en Jésus le seul Saint, unit le ciel et la terre… Comme dans une cordée de haute montagne, resserrons nos liens avec tous ces saints qui nous précèdent.  Ils sont déjà arrivés au sommet, nous, nous sommes encore en marche. Soyons donc solidaires les uns des autres dans cette ascension vers le sommet de la Sainte Trinité ; Laissons-nous conformer à la sainteté de celui qui seul est saint. Réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse car, avec ceux d’en haut nous formons un seul peuple, celui des enfants du Royaume qui se savent aimés et relevés …, AMEN             

Saint Antoine, Brive la Gaillarde,

Dimanche 1er novembre 2022                            Fr. Henri NAMUR, ofm

Homélie du 30 octobre 2022 – 31e dimanche C – Fr David

Homélie du 23 octobre 2022 – 30e dimanche C – Fr Jean Damascène

Homélie du 16 octobre 2022 – 29e dimanche C – Sylvain Mansart

Homélie du 9 octobre 2022 – 28e dimanche C – Fr Henri

Homélie du 2octobre 2022 – 27e dimanche C – Fr David

Homélie du 25 septembre 2022 – 26e dimanche C – Fr Jean Damascène

Homélie du 18 septembre 2022 – 25e dimanche C – Fr Henri

Frères et sœurs, ne restons pas sur notre impression première qui pourrait nous faire penser que Jésus nous a rassemblés ce matin pour nous faire l’éloge de la malhonnêteté ! Certes, il nous raconte la parabole d’un gérant infidèle et corrompu qui va être licencié pour faute grave et qui va se retrouver à la rue. Or, ce gréant dit malhonnête a tôt fait de trouver une solution pour assurer son avenir une fois licencié.  Il prévoit de s’attirer la bienveillance des débiteurs de son maître en abaissant leur dette.  Il va donc continuer de gérer de façon malhonnête un argent qui ne lui appartient pas. … 

En nous donnant cette parabole Jésus ne fait pas l’éloge de la malhonnêteté mais de l’habileté des « fils de ce monde ».  En fait, Jésus fait de la provoc. pour nous faire part d’un désir profond. Ce désir profond il nous l’exprime en mettant en contraste les « fils de ce monde » et « les fils de la lumière ». Pour gérer les affaires du Royaume, Jésus voudrait bien que les “fils de lumière” que nous sommes soient aussi habiles que les « fils du monde » représenté par cet intendant malhonnête mais astucieux.  

Il faut bien reconnaître que lorsqu’il s’agit de nos intérêts personnels, nous savons trouver des solutions. Mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit des intérêts de Dieu, et lorsqu’il s’agit de vivre en enfants du Royaume ? Y mettons-nous la même ardeur et ingéniosité que les fils de ce monde ?

Certes, l’argent est inconciliable avec les valeurs du royaume : nul ne peut servir Dieu et l’argent-idole ! La Bonne nouvelle c’est que nous pouvons convertir notre conception de l’argent : Jésus nous invite à faire de l’argent un simple serviteur de nos relations fraternelles. Dépossédé de sa logique de pouvoir, l’argent est ainsi mis au service de la relation et non de la possession ! L’argent, est remis à sa juste place, à savoir un simple moyen d’échange entre les hommes ! En ce sens, l’argent est neutre, c’est son utilisation qui révèle soit un cœur perverti, soit un cœur évangélique… L’argent n’est trompeur qu’à la mesure du regard que nous portons sur lui. C’est seulement lorsque nous faisons de l’argent une idole qu’il nous fourvoie et qu’il pervertit notre sens de Dieu et le sens de nos relations interpersonnelles… Seule, la conversion de notre cœur, peut nous permettre de faire de l’argent, non plus une idole qui nous possèede mais un simple et utile serviteur de relations … Et puis, pour bien enfoncer le clou, Jésus précise à qui veut bien l’entendre que l’argent ne tient pas ses promesses car ce n’est pas lui qui nous accueillera dans les demeures éternelles !

La question pour nous ce matin c’est donc de savoir en qui nous plaçons notre confiance et quelle place nous accordons dans nos vies pour le Royaume de Dieu et sa justice ? Le faisons-nous en fonction de notre compte en banque ou en fonction de la logique d’amour du Royaume ?

C’est là que la parole du prophète Amos nous est très utile. Amos s’attaque durement aux désordres, aux inégalités et à l’exploitation des pauvres. Nous savons combien l’appétit désordonné de l’argent produit d’effets pervers. Cet appétit désordonné de l’argent est une des causes des nombreux conflits qui surgissent dans notre monde. Des scandales financiers, des histoires d’argent, font surface chaque jour dans la presse. Notre parabole évoque ce jeu fascinant de l’argent.  Quand on profite de la dépendance des plus faibles pour les exploiter encore plus, ce n’est pas tolérable. Et c’est bien ce que dénonce le prophète Amos. Quand on pense, par exemple, que plus de la moitié du patrimoine mondial aujourd’hui est détenue par un pour cent de la population, on se dit qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas bien dans notre rapport à l’argent.

Il est urgent que nous entendions l’appel d’Amos à la construction d’un monde plus juste et plus fraternel ; il est urgent que nous entendions l’appel de Jésus à mettre l’argent à sa juste place de simple serviteur de nos relations. Investir, oui, mais pas sur le dos des autres ! Nos placements, c’est dans des relations humaines justes et fraternelles que nous devons les faire C’est cela être des fils de la lumière qui inspirent leur habileté pour le Royaume, non du monde mais de l’Esprit-Saint. C’est cela être serviteurs du Bien véritable que Dieu nous a confié pour le bien de tous.

Un dernier mot, celui-là je le laisse à frère François d’Assise qui s’adresse à ses frères dans la 1R/8 : « l’or et la monnaie, nous ne devons pas les considérer comme plus utiles ou plus précieux que les cailloux. Le diable s’emploie à aveugler ceux qui convoitent l’argent ou qui lui accordent plus de valeur qu’à des cailloux. Nous qui avons tout quitté, n’allons donc pas perdre pour si peu le royaume des cieux. »

Brive, Saint-Antoine, 18 septembre 2022                                             fr Henri Namur, ofm

Homélie du 4 septembre 2022 – 23e dimanche C – fr Jean-Damascène

Homélie du 28 août 2022 – 22e dimanche C – Fr Henri

Homélie du 15 août 2022 – Assomption C – Fr Carlos

Homélie du 14 août 2022 – 20e dimanche C – Fr Henri

Habituellement, quand nous prenons le temps d’écouter une personne, nous sommes attentifs à l’expression de son désir. Eh bien, aujourd’hui, dans l’évangile, Jésus nous exprime son désir profond. Son grand désir, c’est que le feu qu’il est venu apporter sur la terre soit déjà allumé et que le baptême qu’il doit recevoir soit accompli. Et puis, il ajoute, ces paroles qui ont de quoi nous déstabiliser : « je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre mais bien plutôt la division ! » La bonne question à nous poser c’est de commencer par nous demander de quel feu il s’agit et à quel baptême le Seigneur fait allusion et puis de tenter de comprendre ce qu’il veut-il dire quand il affirme qu’il est venu apporter la division sur la terre ? Commençons par tout remettre dans la perspective de Dieu, source de tout bien… Dieu qui ne nous veut que du bien !

Le feu sur terre, ce n’est pas celui des incendies destructeurs que nous connaissons cet été… ce feu, c’est celui que le Seigneur vient allumer dans nos cœurs ; un feu qui se propage à la vitesse des incendies de forêt et qui n’est autre que celui de l’Esprit-Saint qui embrase nos cœurs de son propre amour et nous fait aimer notre prochain. Ce feu, c’est celui qui vient nous rappeler que nous sommes bâtis pour pouvoir aimer et vivre des relations pleines avec Dieu et avec nos frères et soeurs… Voilà ce que vient allumer le feu de Jésus sur la terre ! Le désir le plus ardent du Seigneur, c’est de nous apporter ce feu de l’amour du Père, un feu qui donne une vie pleine et dans lequel tout homme est sauvé.

Ce feu de l’amour de Dieu, c’est à nous de le répandre dans le monde. Et c’est précisément parce que nous serons les incendiaires d’un tel amour que nous serons reconnus comme les véritables disciples du Seigneur. Mais, attention ! Ce feu, il ne suffit pas qu’il soit allumé, encore faut-il qu’il soit entretenu par notre prière fervente et notre disponibilité à servir notre prochain.

Quant au baptême que Jésus doit recevoir… il n’est autre que celui de sa mort et de sa résurrection. C’est ce baptême dans lequel Jésus se livre tout entier à son Père au début de sa vie publique et dans lequel il nous fait déjà le don de sa vie. Ce baptême c’est sa mort par amour pour nous sur la Croix, une croix sur laquelle l’amour se révèle plus fort que nos morts et que la mort elle-même, un amour qui est la seule réponse de Dieu au mal…

Ce baptême que Jésus doit recevoir, c’est celui dans lequel, nous aussi nous avons à être plongés afin de mourir à notre péché et surgir à la vie de Dieu. Seul un tel amour peut embraser nos vies.  Certes, être baptisé et faire nôtre le chemin pascal de Jésus ouvre dans nos vies tout un chemin de conversions parfois douloureuses. Jésus lui-même nous dit être dans l’angoisse jusqu’à ce que ce baptême soit accompli, et comme le dit l’auteur de l’épître aux Hébreux, nous avons à « résister jusqu’au sang dans notre lutte contre le péché. »

Enfin, j’en viens à cette affirmation de Jésus qui, apparemment, vient en rajouter à toutes ces divisions dont nous faisons l’expérience et qui pourrissent notre vie : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division » Une première précision qui peut grandement nous aider à dépasser ce qui nous scandalise, c’est d’affirmer que cette division dont parle Jésus ne procède pas d’une intention malveillante de sa part mais qu’elle est de l’ordre d’un constat, d’un résultat. Ce résultat c’est celui qui découle du choix résolu que nous faisons du Christ. Se décider pour le Christ, c’est, de fait, être confronté à des incompréhensions, à des divisions, voire à se faire rejeter…y compris, parfois, au sein de nos familles !

Ce que Jésus est venu « diviser », ou mettre en « question » au milieu de nous, ce sont nos modes de vie qui, pour devenir évangéliques, doivent payer le prix de la cohérence avec l’Évangile, une cohérence qui est essentiellement amour de Dieu et, inséparablement, amour du prochain.

Enfin, ce qui peut aussi nous aider à apprivoiser cette « division » qui nous vient de Jésus et qui ne peut qu’être bonne pour nous, c’est de nous référer au début de la Genèse et de la Création du monde. L’action de l’Esprit-Saint qui plane sur les eaux consiste précisément à diviser et séparer afin de faire surgir la vie de ce qui est informe. Ainsi en est-il de Jésus qui, en nous appelant à le suivre, nous fait advenir à nous-mêmes et à la liberté des enfants de Dieu.

Demandons à Marie, que nous allons fêter demain, de nous aider à accueillir cet embrasement de l’Esprit-Saint que Jésus est venu allumer en nos vies, un embrasement qui a puissance de faire toute chose nouvelle pour le bien de tous, Amen

Brive, le 14 août 2022

Église Saint-Antoine.                                                     Fr Henri Namur, ofm

Homélie du 7 août 2022 – 19e dimanche C – Fr David

Homélie du 31 juillet 2022 – 18e dimanche C – Fr Carlos

Homélie du 24 juillet 2022 – 17e dimanche C – Fr David

Homélie du 26 juin 2022 – 13e dimanche C – Fr. David

Homélie du 19 juin 2022 – Fête du St Sacrement C – Fr. Jean Damascène

Homélie du 5 juin 2022 – Pentecôte C – Fr Henri

« Le Père vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous ». Ici, Jésus fait référence à son Père qui prend l’initiative de nous envoyer un autre Défenseur, c’est-à-dire l’Esprit-Saint. Mais pourquoi l’envoi d’un autre Défenseur ? Simplement parce que Jésus, qui est notre premier défenseur nous a promis, lors de son départ, de ne pas nous laisser orphelins. L’Esprit-Saint est cet autre Défenseur qui nous est donné pour toujours comme présence du Christ Ressuscité à nos vies.  

Une autre question que nous pouvons nous poser c’est de savoir pourquoi l’ES est qualifié de Défenseur ? Spontanément, ce mot nous fait penser à un combat, qu’il soit physique ou judicaire. En effet, c’est seulement quand on est attaqué qu’on a besoin d’être défendu. Or, le combattant, en nous, c’est précisément l’Esprit-Saint. Sans lui nous serions bien incapables de mener le bon combat c’est-à-dire le combat contre le péché et la désespérance, le combat pour vaincre notre difficulté à croire à la miséricorde, le combat pour sortir de nos infidélités, de nos aveuglements et que sais-je encore ? Bref, sans l’Esprit-Saint qui est notre Défenseur, impossible de mener le bon combat dans lequel nous nous laissons conformer à l’amour du Seigneur.

C’est bien pour cela que, lorsqu’on parle de l’Esprit-Saint comme Défenseur, vient immédiatement à l’esprit ce que la Tradition de l’Église appelle le « combat spirituel », c’est-à-dire ce combat que nous menons pour distinguer ce qui, dans nos vies, vient du Malin ou de l’Esprit-Saint. Car notre vocation c’est bien d’être bons comme lui-même Dieu est bon, d’être saints comme lui-même Dieu est saint.

Une autre action essentielle de l’ES en nous est rappelée dans l’Évangile lorsque le Seigneur nous dit que ce n’est que dans l’Esprit-Saint que nous pouvons garder les commandements et l’Évangile. L’ES apparaît donc clairement comme une Personne avec laquelle notre intelligence et notre cœur entrent en dialogue afin d’en recevoir inspiration et illumination. C’est ce même Esprit-Saint dont l’Evangile de Jean nous rappelle qu’Il nous enseignera tout, et nous fera souvenir de tout ce que le Seigneur a dit et enseigné.

C’est encore lui, l’Esprit-Saint, qui a le pouvoir d’allumer en nos cœurs le texte de l’Evangile à la façon dont un souffle d’air vient faire jaillir les flammes qui couvaient sous la cendre. C’est seulement ainsi que la Parole de Dieu dans la Bible devient une parole vivante pour aujourd’hui, une parole qui fait son chemin dans la complexité de notre cœur et de notre monde. L’Esprit-Saint est par excellence la présence du Christ ressuscité à nos vies, il est le grand Artisan des œuvres du Père et du Fils, selon la magnifique expression de St Bonaventure. C’est pourquoi, quand nous lisons l’Écriture, il nous faut invoquer l’Esprit-Saint afin de ne pas en rester à une simple lecture intellectuelle mais laisser à l’ES le soin d’enflammer ces mots en les faisant descendre de notre tête dans notre coeur…

L’Esprit-Saint est aussi l’acteur en nous d’une croissance étonnante. Cela ressort nettement des mots de St Paul dans sa lettre aux Romains : « nous n’avons pas reçu un Esprit qui fait de nous des esclaves mais des fils ». Accueillir l’Esprit-Saint en nos vies, c’est consentir à sortir de nos esclavages pour entrer dans l’intimité de la Sainte Trinité. C’est pourquoi, à l’exemple du petit frère François d’Assise et de tant d’autres nous devons, quand nous prions, demander deux grâces : la première : avoir l’Esprit du Seigneur, la seconde, le laisser agir en nous. Quand on pense que, tout fils authentique de l’Église qu’il était, Saint François, ira jusqu’à écrire dans sa Règle que le véritable Ministre Général de l’Ordre, c’est l’Esprit-Saint. Le message est clair : les structures, les Règles et les institutions sont au service de cette liberté de l’Esprit-Saint et non pas là pour l’enfermer… !!! Soyons donc de ceux qui contribuent à allumer le feu de l’Esprit dans les cœurs de celles et ceux qui cherchent Dieu en tâtonnant…  

Que la Vierge Marie, qui a été couverte de l’ombre de l’ES, nous apprenne à garder la parole de Jésus afin que celle-ci trouve en nos vies une pleine réalisation. En terminant je vous laisse une image toute simple : de même que notre parole, sans notre souffle, ne pourrait pas être entendue, de même, l’Esprit-Saint est le souffle qui porte et fait entendre la parole du Père et du Fils. Et n’oublions pas : c’est ce même Esprit-Saint qu’à chaque Eucharistie nous invoquons sur le pain et le vin et sur l’assemblée que nous formons en vue de la construction de l’unique corps du Christ. Ouvrons-nous donc à cet Esprit-Saint qui fait toute chose nouvelle afin que, comme il est dit dans la séquence de la Pentecôte, « il assouplisse en nous ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid et rende droit ce qui est faussé »,

Brive ; Saint-Antoine

Pentecôte 2022-06-05                         fr Henri Namur, ofm

Homélie du 29 mai 2022 – 7e dimanche Pâques C – Fr Carlos

Homélie du 26 mai 2022 – Fête de l’Ascension C – Fr Henri

Quand nous proclamons le Credo nous disons : « Jésus est monté aux cieux, il siège à la droite de Dieu ». L’Ascension n’est donc pas l’absence de Jésus mais, bien au contraire, le signe qu’Il est vivant au milieu de nous de manière nouvelle ; il n’est plus dans un lieu précis du monde ; à présent, il est « monté aux cieux, il siège à la droite de Dieu ». Désormais, il est présent en tout lieu et en tout temps, proche de chacun de nous par son Esprit-Saint : il nous rejoint chaque fois que nous sommes réunis en son nom et c’est le cas ce matin.

 Plus qu’une montée, l’Ascension est comme un « pont », un pont qui nous permet de passer d’une rive à l’autre et ce « pont », c’est Jésus-Christ. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Pape est appelé « Pontife »… Ainsi, par son Incarnation, sa Passion, sa Résurrection et son Ascension Jésus est ce pont qui permet à notre humanité d’accueillir Dieu et d’aller vers lui. Il y a comme un double mouvement inverse : dans l’élévation de Jésus c’est toute la grâce de Dieu qui descend vers nous par le don de l’Esprit-Saint.

Notre propre humanité, notre propre chair sont déjà en Dieu puisque Jésus est « remonté » dans la gloire de son Père avec les marques de sa Passion inscrites dans sa propre chair de ressuscité.  Il y a désormais en Dieu un corps d’homme transfiguré, et glorifié, un corps d’homme divinisé, dans lequel la mort a été vaincue, et avec elle tout pouvoir du mal.

Ce jour de l’Ascension, est pour les Apôtres la fin d’un rêve et le début d’une espérance. La fin d’un rêve, parce qu’ils espéraient un Messie qui rétablirait le Royaume d’Israël avec force. Mais l’arrestation et la crucifixion de Jésus ont ruiné cet espoir ; et c’est le début d’une réelle espérance parce que désormais, en Jésus, s’accomplit la vocation du peuple élu d’être le signe de l’alliance pour annoncer à toutes les nations, et donc aussi aux païens, la bonne nouvelle du Salut.

C’est pourquoi nous sommes vivement invités à ne pas à rester le regard tourné vers le ciel.  Le jour de l’Ascension est le jour par excellence où nous accueillons la mission que nous confie le Christ : « Allez donc, de toutes les nations, faites des disciples… ». Je suis allé voir dans le texte grec quel était le verbe traduit ici par « faire » « faites des disciples ». C’est le verbe « poreuô » qui signifie conduire, escorter. Nous sommes donc chargés par le Seigneur de conduire et escorter les personnes afin d’en faire des disciples qui se mettent à son école. Nous sommes chargés de faire se lever des disciples de cette Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu pour tout homme. Autant dire que notre responsabilité est immense.

Heureusement, pour aller vers les nations, pour aller vers les autres, nous ne sommes pas seuls, bien au contraire, puisque jésus nous dit en St Jean : « c’est votre intérêt que je m’en aille, car si je ne m’en vais pas je ne vous enverrai pas mon Esprit » (Jn 16, 7). Accueillons-le, cet Esprit-Saint, cette « puissance venue d’en-Haut » afin d’en vivre comme lui, Jésus, en a vécu.

C’est dans ce même Esprit-Saint que l’Église est le corps du Seigneur. Dans sa faiblesse, sa fragilité, sa propre conversion toujours à recommencer, l’Église annonce, en en vivant, ce qu’elle a vu, entendu, touché du Verbe de Vie et elle pose les signes sacramentels de la présence de Jésus ressuscité jusque dans les bas-fonds de notre existence humaine. Certes, le Christ ressuscité n’est plus visible à notre regard, mais le monde doit pouvoir contempler son visage à travers nous dans la mesure où nous accueillons l’Esprit que Jésus nous donne, ce même Esprit qui l’unissait filialement à son Père.

Enfin, gardons précieusement en notre cœur la prière de Jésus : « Père, je veux que là où je suis, ils soient aussi avec moi pour qu’ils contemplent la gloire que tu m’as donnée afin que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux ». Jésus ressuscité nous montre que notre vie sur la terre est une préparation à la vie que nous aurons au ciel.

Encore une fois, ne restons pas le nez en l’air à contempler le ciel.  Ou plutôt, ce ciel, contemplons-le sur la terre à la façon de François d’Assise.  François a demandé à ses frères de faire du monde leur cloître, c’est-à-dire le lieu de leur contemplation. Il leur a demandé de contempler dans la Création et dans les créatures la puissance de la résurrection déjà à l’œuvre.  Tout remplis d’Esprit-Saint et tout joyeux, marchons donc, à la rencontre de Celui qui est allé nous préparer une place et qui reviendra nous prendre avec lui, afin que là où il est nous soyons nous aussi avec toute la création et toutes les créatures, Amen, Alleluia.

Brive, le 26 mai 2020

Fr Henri Namur, ofm

Homélie du 22 mai 2022 – 6e dimanche Pâques C – Fr. David

Homéliee du 8 mai 2022 – 4e dimanche Pâques C – Fr Henri

Homélie du 1er mai 2022 – 3e dimanche Pâques C – Fr Carlos

Homélie du 17 avril 2022 – Pâques C – Fr David

Homélie du 16 avril 2022 – Vigile pascale C – Fr Carlos

Homélie du 14 avril 2022 – Jeudi saint C – Fr. Jean Damascène

Homélie du 10 avril 2022 – Rameaux C – Fr. David

Homélie du 3 avril 2022 – 5e dimanche carême C – Fr David

Homélie du 27 mars 2022 – 4e dimanche carême C – Fr Jean Damascène

Homélie du 20 mars 2022 – 3e dimanche carême C – Fr. Henri

Frères et sœurs, c’est un unique appel qui parcourt les trois lectures de ce dimanche et cet appel tient en un seul verbe : « convertissez-vous ! »  Se convertir, ce n’est pas d’abord une question de morale, c’est une nécessité relationnelle. Se convertir, c’est se tourner vers quelqu’un d’autre que soi. Se convertir, c’est se tourner vers Celui dont nous recevons la vie. C’est abandonner nos manières de voir pour entrer dans celles de Dieu. Ainsi, face à tous les malheurs auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui comme hier, face au risque d’en rester à nos seules vues, de nous décourager, de rejeter la responsabilité sur Dieu ou de nous croire punis à cause de nos péchés., le Seigneur nous invite à nous tourner vers lui.

Aujourd’hui, dans les lectures et, notamment, celle du livre de l’Exode, nous sommes invités à nous détourner de nos pensées pour accueillir celles de Dieu. Dans ce livre, Dieu, loin d’être un Dieu qui se venge ou veut le malheur des hommes, se présente comme Celui qui, au contraire, libére son peuple de l’esclavage d’Égypte ; Il n’est pas étranger à nos difficultés et à nos souffrances comme on pourrait le croire. Non, Il vient à notre secours et ne nous abandonne pas au mal, à la solitude et à la mort. Il est Celui qui, dans sa bonté et sa sagesse, se donne à connaître en révélant son nom à Moïse dans le buisson ardent.

Jésus, dans l’évangile, se trouve confronté à ces mêmes questions qui nous agitent chaque fois que le malheur surgit. Devant le massacre des Galiléens et l’effondrement de la tour de Siloé, il est mis devant la brutalité de la souffrance et de la mort. Jésus est là, dans la rue, et on lui demande de s’exprimer sur cette actualité dramatique qui l’affecte profondément. Il suffit de penser à d’autres passages de l’Évangile où nous le voyons même pleurer.

Jésus prend alors la parole pour déclarer que les victimes de malheurs ne sont pas plus pécheurs que les autres hommes. Il nous met en garde contre la tendance à penser que les malheurs sont une conséquence immédiate des péchés personnels. Il restaure ainsi l’image de Dieu qui ne désire pas la mort du pécheur, mais que celui-ci se convertisse et vive. Certes, Dieu n’apprécie pas le péché, mais il aime éperdument le pécheur et il met tout en œuvre pour sauver le pécheur, il suffit de penser à la parabole de l’enfant prodigue. En parlant comme il le fait,Jésus nous fait sortir de la sidération du mal et du malheur pour nous faire voir plus loin. Il nous invite à considérer les malheurs qui nous affectent comme l’occasion de réfléchir sérieusement à notre vie et comprendre que nous ne pouvons pas vivre sans Dieu et qu’il y a urgence de changer de vie avec son aide. 

À bien y réfléchir, cet appel à la conversion, ce mouvement qui consiste à se détourner de soi pour se tourner vers Dieu, Dieu lui-même l’a pratiqué avant nous ! N’est-il pas, par pur amour, Celui qui est constamment tourné vers nous depuis la création ? N’est-il pas tourné vers nous lorsqu’il part à notre recherche dans le livre de la Genèse ou lorsqu’il se détourne de sa colère chaque fois que nous l’invoquons. Et puis, l’Incarnation de Jésus, n’est-elle pas la grande conversion de Dieu qui se tourne vers nous en nous donnant son Fils afin qu’il nous ramène à lui ?   C’est à ce même mouvement de conversion que nous sommes appelés afin d’accueillir la vie de Dieu. La conversion est donc bien d’abord une question relationnelle avant même d’être une question morale ! 

Bien évidemment, la conversion morale est la conséquence de cette conversion relationnelle. Laissons donc Dieu être Dieu dans nos vies ; laissons-le agir en nous : c’est cela nous ouvrir à la grâce. Et c’est bien ce que veut nous faire comprendre la parabole du figuier stérile. Le Maître de la vigne, c’est-à-dire Dieu, attend de nous que nous portions du fruit. Voyant que nous n’en portons pas, il va user de sa patience et de sa miséricorde en creusant tout autour de l’arbre et en y mettant du fumier. Voilà l’action de Dieu à notre égard, voilà sa grâce pour que nous portions son fruit d’amour et de miséricorde et, pour cela, il ira même jusqu’à nous envoyer son propre Fils et son Esprit-Saint aujourd’hui…

Face à un tel amour, tournons nos cœurs vers Seigneur :

Seigneur, nous te rendons grâce d’être le jardinier de nos vies, un jardinier patient qui croit en nous et qui n’hésite pas à bêcher les terres arides de nos suffisances, de nos égoïsmes et de nos peurs ! Garde-nous, Seigneur, de la prétention de nous croire fort alors qu’à tout instant notre vie est exposée à la fragilité et à la mort. Sois le bon vigneron de nos vies, toi qui, tout en dénonçant notre péché nous en libère. Donne-nous d’accueillir tout ce qui nous arrive, y compris les malheurs, comme un appel urgent à porter des fruits de conversion : c’est cela, comme le dit le psaume, prendre la mesure de nos jours …

Donne-nous de ne jamais oublier qu’au dernier jour, le seul « pass », non pas sanitaire mais évangélique, qui nous sera demandé pour entrer dans ton Royaume, ce sera celui de notre participation à ta miséricorde. Une participation souvent maladroite mais sincère dans laquelle tu nous reconnaîtras comme « enfants » de ton Royaume, Amen.

Brive-Saint-Antoine,

Dimanche 20 mars 2022                                     fr Henri Namur, ofm

Homélie du 13 mars 2022 – 2e dimanche de carême C – Fr. Carlos

Homélie du 6 mars 2022 – 1er dimanche carême C – Fr David

Homélie du 27 février 2022 – 8e dimanche C – Fr Jean Damascène

Homélie du 20 février 2022 – 7e dimanche C – Fr. Henri

Entendre Jésus nous dire que, si nous voulons ressembler à notre Père des Cieux, cela passe par l’amour, cela ne nous pose pas de grands problèmes … Mais, que cet amour doive aller jusqu’à l’amour de nos ennemis, alors là, ça coince sérieusement ! Et pourtant…les textes bibliques de ce dimanche nous invitent instamment à quitter nos chemins pour emprunter ceux de Dieu. Nous sommes invités à aimer nos ennemis de façon concrète, c’est-à-dire en leur faisant du bien, en priant pour eux, en leur présentant l’autre joue, etc. … Il faut bien reconnaître que ce que Jésus nous demande est tout simplement au-dessus de nos seules forces ! Devant une telle exigence un premier constat s’impose : quand Jésus nous demande d’aimer, ça n’a rien à voir avec l’amour-sentiment mais bien plutôt avec sa croix… !

Si nous regardons la société dans laquelle nous vivons, force est de constater que beaucoup ne savent plus se parler ; ils sont nombreux ceux qui ne pensent qu’à saisir la justice pour la moindre parole de travers… ! Et puis, il y a aussi toutes ces menaces de guerre et ces haines qui traversent notre monde… Vraiment, comme le disait Saint François d’Assise, « l’amour n’est pas aimé » ! Or, c’est précisément dans ce contexte délétère que Jésus nous appelle de façon nette à refuser la vengeance et à faire miséricorde.

La première lecture est déjà un beau témoignage du pardon accordé à l’ennemi. Saül et David sont en guerre et alors même que Saül est à la merci de David, ce dernier se refuse à porter la main sur lui parce qu’il dort et qu’il est sans défense et, surtout, parce qu’il « a reçu l’onction du Seigneur ». En refusant la vengeance, David brise le cycle de la violence et contribue ainsi à la paix par la miséricorde exercée envers son ennemi.

Quant à l’Évangile, ce grand livre de la miséricorde de Dieu, il nous invite à être miséricordieux « comme le Père est miséricordieux ». Ce « comme » est important car il nous invite à l’imitation par amour. C’est la façon d’être du Père envers nous qui vient éveiller notre façon d’être habituelle envers les autres, envers nos ennemis. Pour comprendre cet appel à la miséricorde il est bon de commencer par lever les yeux vers la croix de Notre-Seigneur. Il est bon de nous rappeler qu’avant de mourir, Jésus a prié ainsi : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23, 34). Ce qui veut dire que, quand Jésus nous demande d’« aimer nos ennemis », il nous demande en fait de reproduire dans nos vies ce que lui-même a d’abord vécu pour nous jusqu’au bout de sa croix.

Ces croix que nous portons autour du cou ou que nous plaçons sur nos murs, elles doivent être un rappel constant de l’urgence qu’il y a de les planter profondément dans notre cœur afin qu’elles inspirent toutes nos pensées et nos actions. Il faut bien reconnaître que nous ne sommes pas toujours des témoins crédibles de la miséricorde de Dieu. Parfois, nous nous comportons, nous aussi, en ennemis de Dieu et de la Croix de Jésus ?  Refuser d’aimer nos ennemis, c’est oublier que, alors que nous étions encore pécheurs, c’est-à-dire « ennemis » de Dieu, Dieu, lui, nous a aimés le premier ? Ce qui importe, c’est de nous rappeler que si aimer nos ennemis, est au-dessus de nos forces, cela ne l’est pas pour Dieu … ! Saint François d’Assise était conscient de nos difficultés à pardonner. C’est pourquoi, dans sa paraphrase du Notre-Père, il ajoute ceci à la demande de pardon : « ce que nous ne pardonnons pas pleinement, toi, Seigneur, fais que nous le pardonnions pleinement : que nous aimions vraiment nos ennemis à cause de toi, que nous arrivions à te prier sincèrement pour eux ; qu’à personne nous ne rendions le mal pour le mal, mais que nous tâchions de faire du bien à tous, en toi » ! 

Sur ce chemin du pardon de nos ennemis, St Paul nous aide bien quand il évoque le premier Adam pétri de terre, charnel et le second Adam qui, lui, vient du ciel, qui est spirituel. Cela veut dire que, face à « l’ennemi » que Jésus nous demande d’aimer, notre première réaction est souvent purement terrestre, c’est celle de la force et de la violence : « œil pour œil, dent pour dent… » Mais, Dieu merci, nous ne sommes pas que le premier Adam, nous appartenons aussi au second Adam. Nous sommes du Christ et il est bien évident que c’est en lui seul et par lui seul que nous pouvons être miséricordieux comme notre Père des Cieux. Ce n’est pas pour rien que Jésus, au moment de son arrestation, a demandé à Pierre de rengainer son épée car la seule arme de combat de Jésus c’est son amour. Un amour qui l’emporte sur la violence, une miséricorde qui se substitue à tous les jugements de condamnation.

Quand, par exemple, le Seigneur nous demande de tendre l’autre joue ce n’est pas du masochisme, ce qu’il nous invite à faire c’est, au plus près du texte grec, de tendre une joue « autre » afin de ne pas en rester à l’  « œil pour œil, dent pour dent » et de permettre que le dialogue avec mon ennemi se poursuive autrement, à un autre niveau… !

L’actualité de cette semaine nous donne un exemple lumineux de la possibilité, en Dieu et par Dieu, de pardonner à nos ennemis. Il suffit de penser à la sœur du Père Hamel qui, par-delà sa peine et dans la force de l’Esprit-Saint, a pris l’initiative d’un rendez-vous téléphonique avec la maman du jeune qui a assassiné son frère… Les deux femmes se sont rencontrées et elles ont pleuré toutes les deux dans les bras l’une de l’autre… Il suffit de penser aussi au témoignage de Guy Coponet, 92ans, égorgé lui aussi en même temps que le Père Hamel et qui, devant le Tribunal, a été un témoin pacifié et lumineux du pardon à ses bourreaux…  Ces deux personnalités toutes simples, par le pardon accordé, sont le signe de la victoire de Jésus sur la Croix.

Au cours de cette célébration Eucharistique, dans l’Esprit-Saint, rendons grâce à Dieu pour sa miséricorde et son amour. Quand nous nous avancerons dans la procession de communion, recevons le corps du Christ les mains grandes ouvertes afin de signifier notre désir profond d’aimer nos ennemis comme le Christ nous a aimés. Alors, le jour où nous paraîtrons devant le Maître de nos vies, il reconnaîtra en nous sa propre miséricorde et, tout joyeux, il dira à chacun : « Entre dans la joie de ton Maître ».

Brive, le 20 février 2022                                                Fr Henri Namur, ofm

Homélie du 13 février 2022 – 6e dimanche C – Fr. David

Homélie du 6 février 2022 – 5e dimanche C – Fr. Jean Damascène

Homélie du 30 janvier 2022 – 4e dimanche C – Fr. Henri

Homélie du 30 janvier 2022 – 3e dimanche C – Fr. Henri

Comme elles font du bien, ces paroles de Dieu transmises par le prophète Jérémie :« Avant même de te former dans le ventre de ta mère, je t’ai connu ; avant que tu sois sorti de son sein, je t’avais consacré, faisant de toi le prophète des nations.” Tout est dit : nous sommes tout à la fois aimés et appelés à porter la parole de Dieu. Quels que soient les avatars qui ont pu présider à notre naissance ou à notre vie familiale, le Seigneur nous dit aujourd’hui par son prophète que nous ne sommes pas le fruit du hasard. Il nous affirme, avec des mots d’une tendresse inouïe, que nous sommes enveloppés par sa présence avant même notre naissance.

La mission du prophète Jérémie, comme celle de tout prophète, c’est de parler de la part du Seigneur, c’est de transmettre les paroles de Dieu, même si elles ne plaisent pas. Jérémie a dû parler au risque de sa vie. Il a dû affronter l’hostilité des siens. C’est cette même hostilité que connaît Jésus de la part de siens dans l’évangile d’aujourd’hui. Mais, quelles que soient les aléas de la parole prophétique, rien ni personne ne peut empêcher Dieu de vouloir entrer en relation avec nous pour nouer avec nous une relation d’alliance si respectueuse de notre liberté.

Il est bon de nous rappeler que, par notre baptême, nous avons reçu nous aussi cette mission prophétique. Nous avons reçu mission de dire au monde non pas ce qu’il veut entendre mais la Parole de Dieu, une parole exigeante et qui peut, effectivement, être refusée. Cela nous oblige à aller souvent à contre-courant de ce que disent les médias, les pensées majoritaires, les pensées uniques… Aujourd’hui comme autrefois, annoncer l’Évangile c’est s’exposer au mépris, à la persécution et parfois à la mort. Il ne faut pas oublier que le vingtième siècle est celui qui a connu le plus grand nombre de martyrs. Mais, encore une fois, rien ne peut empêcher la Parole de Dieu de produire du fruit.

Pourquoi un tel refus de la parole prophétique ? Pourquoi un tel refus de Jésus par les gens de son propre village ? Jésus vient à peine de dire “Cette Parole que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit” qu’un vent de contestation se lève parmi les gens de Nazareth. La raison de ce refus, c’est qu’ils enferment Jésus dans ce qu’ils croient connaître de lui… De plus, ils ne sont pas contents parce qu’ils ont entendu parler de ses miracles à Capharnaüm et ils voudraient bien qu’il en fasse autant chez eux, dans son village. En fait, ils réagissent en propriétaires de Jésus… ! Mais Jésus ne peut se laisser enfermer dans cette attitude possessive car sa mission ne se limite pas à faire des miracles chez lui dans sa patrie. Il est aussi envoyé pour les autres. Et c’est pour leur faire comprendre cela que Jésus appelle à témoin deux événements de l’Ancien Testament. Le premier événement, c’est celui de la veuve de Sarepta, une étrangère, donc.  Elle avait vidé sa dernière réserve d’huile et de farine pour nourrir le prophète Élie. Suite à l’intervention du prophète la réserve d’huile et de farine n’a pas diminué. Elle et son fils ont eu à manger jusqu’à la fin de la famine. Le deuxième événement concerne Naaman le Syrien, un autre étranger qui, après s’être baigné sept fois dans le Jourdain, fut guéri de sa lèpre.

À travers ces deux récits de la veuve de Sarepta et de Naaman le Syrien, Jésus tente de faire comprendre aux gens de Nazareth que Dieu aime aussi les païens qu’il aime d’un amour de prédilection. Dieu aime sans frontière. Il aime les incroyants, les pécheurs, les ingrats. Ils sont nombreux à travers le monde et à Brive même celles et ceux qui n’ont jamais entendu parler de Jésus et qui, pourtant, sont aimés de Dieu. C’est vers eux que nous sommes envoyés.

L’Évangile nous invite inlassablement à ouvrir notre cœur aux dimensions de celui de Dieu. Si nous voulons annoncer la bonne nouvelle au monde, il nous faut d’abord aimer ce monde comme Dieu l’aime.

Autour de nous nous voyons des gens qui étaient loin de la foi, se convertir et se mettre en route à la suite du Christ. Cela doit nous rendre obéissant à la volonté d’amour universel de notre Dieu. Plus que jamais, nous devons faire nôtre cette prière du psaume 94 : “Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur.”

Oui, cette parole d’amour que nous avons entendue de la part de Notre Seigneur, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit non seulement en Jésus mais aussi en nous et par nous.  Puisque nul n’est prophète en son pays, à notre tour laissons-nous envoyer au pays de l’autre qu’il soit proche, étranger ou étrange, c’est là que le Seigneur ressuscité nous précède ! S’il y a un enseignement à retenir de façon prioritaire aujourd’hui, c’est celui-ci : l’amour, tel qu’il nous est révélé par Jésus, ne supporte pas de frontières… Or, combien de murs de séparation sont élevés aujourd’hui entre les peuples et dans les cœurs… ! Seigneur, apprends-nous à aimer l’amour dont tu nous as aimés et à nous donner tout entier à cet amour comme tu t’es donné à nous alors que nous étions des étrangers…, Amen !        

Brive, Saint-Antoine, le 30 janvier 2022                      fr Henri Namur, ofm

Homélie du 23 janvier 2022 – 3e dimanche C – Fr. David

Homélie du 9 janvier 2022 – Baptême du Seigneur C – Fr. Henri

Dimanche dernier, nous étions à Bethléem en compagnie des mages. À travers eux Jésus était manifesté au monde païen et à tous les chercheurs de Dieu. Aujourd’hui, nous sommes trente ans plus tard pour fêter une autre Épiphanie, celle qui a eu lieu au cours du baptême de Jésus par Jean. Si le baptême de Jésus est aussi une épiphanie, c’est bien parce que, lors de ce baptême, Jésus est véritablement révélé, manifesté comme fils de Dieu, fils bien-aimé.

Face aux foules en attente qui se demandent s’il n’est pas, lui, Jean, le Messie, Jean fait preuve d’une humilité étonnante. Il se retire pour laisser Jésus passer devant : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »

En nous faisant revivre le baptême de Jésus, l’Évangile nous confronte à une question majeure :  comment se fait-il que Celui qui n’a pas de péché à se faire pardonner ait besoin de recevoir un baptême de conversion ? Car le baptême de Jean était bien un baptême de repentir et de conversion… En fait, le baptême de Jésus était absolument nécessaire, non pas pour lui, bien-sûr, puisqu’il est sans péché, mais pour nous. En effet, dans son baptême, Jésus manifeste qu’il est venu pour combler toute distance entre Dieu et nous. C’est pourquoi il n’hésite pas un seul instant à se mêler à la foule des pécheurs que nous sommes pour recevoir, comme eux, le baptême de Jean. S’il y a une Bonne nouvelle pour nous dans ce baptême de Jésus c’est bien celle-ci : Jésus, certes, est entièrement du côté de Dieu, mais il est aussi et inséparablement, entièrement de notre côté, du côté de l’homme pécheur.

Au sens strict, Jésus, dans son baptême, a voulu être immergé, plongé, baptisé dans notre condition humaine. Il est entré dans l’eau du Jourdain pur de tout péché, il en est ressorti porteur de tout le péché du monde. Ce mal qui nous accable, il le prend sur lui pour nous en libérer. C’est la raison pour laquelle, lors de la célébration de la messe et juste avant la communion, le prêtre proclame « Voici l’Agneau de Dieu qui porte et enlève le péché du monde, qui tollis peccata mundi  ». Ceci est important car, avant d’enlever notre péché, le Seigneur le prend sur lui, ou comme le dit St Paul de façon lapidaire, « Jésus, lui qui est sans péché, s’est fait péché pour nous ». C’est la raison pour laquelle la voix du Père venant du ciel peut dire : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » La joie du Père c’est de trouver en son Fils le Nouvel Adam, l’Homme nouveau parfaitement accordé à sa volonté d’amour pour tous les hommes.

Nous qui sommes rassemblés dans cette église, nous qui sommes baptisés dans le Christ, soyons les témoins de cette plénitude de joie que Dieu trouve en son Fils et qui fait notre propre joie. Cette joie elle est pour tous. Dieu ne cesse d’agir au-delà des frontières visibles de son Église. Les « semences du Verbe de Dieu »sont présentes et agissantes dans le cœur de nos contemporains qui, bien que majoritairement non croyants, sont comme en attente d’un regard, d’un geste, d’une parole qui leur révèle qu’en Jésus, le Père a mis tout son Amour et qu’en lui il trouve toute sa joie… Soyons bien persuadés que l’Esprit de Dieu qui est descendu sur Jésus lors de son baptême est le même Esprit qui nous précède dans le cœur des non croyants, des mal croyants, des païens.

PRIÈRE :

Seigneur, en ce jour de ton baptême dans le Jourdain, nous accueillons dans l’action de grâce les paroles que St Paul adresse à Tite :     « Lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint. Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance, par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce, nous devenions en espérance
héritiers de la vie éternelle 
».

Seigneur, toi dont le Père dit : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ;
en toi, je trouve ma joie.
 » Donne-nous de trouver notre joie dans notre baptême, notre plongée dans l’Esprit-Saint ; Donne-nous de trouver notre joie dans notre participation à ton Eucharistie dans laquelle nous communions à ton amour sans limite pour nous et pour tout homme, Amen.

Église St Antoine de Brive

Dimanche du Baptême du Seigneur,

9 janvier 2022                                                       fr Henri Namur, ofm

Homélie du 2 janvier 2022 – Epiphanie C – Fr. David

Homélie du 26 décembre 2021 – Sainte Famille C – Fr. Henri

Aujourd’hui nous passons directement de la fête de Noël à celle de la « Sainte Famille ». L’Évangile de St Luc nous apprend que cette famille, toute sainte qu’elle est, n’échappe pas au désarroi et aux questions qui habitent nos propres familles humaines, notamment lorsque, comme c’est le cas ici, un enfant fait une fugue. Car, c’est bien une fugue que fait Jésus même si c’est pour être dans le Temple, chez son père.

Cela fait douze ans que Marie, Joseph et Jésus se rendent à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Jésus, vient d’atteindre l’âge de la maturité religieuse. Une fois de plus, la famille se met en route pour Jérusalem.

En fait, c’est au retour, lorsqu’ils ont repris la route de Nazareth, que Marie et Joseph s’aperçoivent de l’absence de Jésus. Ils sont obligés de rebrousser chemin et de revenir à Jérusalem. Ce n’est qu’au bout de trois longues journées qu’ils finissent par le retrouver. On imagine sans peine leur angoisse… D’où la question directe, teintée de reproche de Marie à Jéus :

« Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme nous avons souffert en te cherchant ton père et moi. » Et le comble, si j’ose dire, c’est que Jésus ne s’excuse même pas. Au lieu de compatir à l’inquiétude de ses parents, comme on aurait pu s’y attendre, il leur répond de façon directe: « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être ».

Marie en est toute déconcertée. « Elle ne comprend pas. » Le texte de l’Évangile le dit très clairement. D’une certaine façon cette incompréhension nous rend plus proche de cette « sainte famille » car les interrogations de Marie et Joseph sont aussi les nôtres.

Ce qui est étonnant, c’est ce contraste qu’il y a entre,
d’un côté les docteurs de la Loi qui « s’extasient sur l’intelligence » de Jésus et de l’autre ses parents qui ne comprennent pas. Que signifie cette fugue de Jésus dont le but est de rester à Jérusalem avec celui qu’il appelle son Père ? Un père tout autre que Joseph même si, passée cette escapade, Jésus demeurera soumis à ses parents de la terre ?

L’expérience de la sainte famille nous rappelle que l’autre, fut-il notre propre enfant, nous échappera toujours, et d’autant plus que le Père des Cieux habite son coeur ! Quand le comportement de nos enfants nous échappe, souvent nous sommes légitiment tentés de les rappeler à l’ordre. Tel n’est pas le comportement de Marie , elle accueille ce qui la déroute.   « Elle garde tous ces événements en son cœur. » Elle accueille le mystère de Dieu vivant chez son enfant.

Comme Marie, nous sommes invités à accueillir le mystère de l’autre. Demeurons à l‘écoute les uns des autres. Gardons, nous aussi tout ce que nous ne comprenons pas en notre cœur, acceptons d’être bien souvent dépassés par la façon dont Dieu agit dans nos vies. Accueillir le mystère de l’autre au sein de nos familles et communautés religieuses c’est faire place à Dieu et permettre à chacun d’exprimer sa différence. Si nous pouvons être unis les uns aux autres c’est bien parce que nous sommes différents les uns des autres. C’est en ce sens que les enfants ne sont pas le pur reflet de leurs parents, ils ont leur propre personnalité, parfois déroutante, ainsi en est-il dans les familles religieuses…

Ce qui me paraît le plus important à retenir, c’est que nous aussi, comme Jésus, et sans pour autant renier les liens familiaux, nous sommes appelés à habiter chez Notre-Père des Cieux. Là est notre vraie maison. C’est Jésus qui dit à Nicodème que « à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. » Ce qui est une façon de dire que nous sommes plus que notre naissance d’en-bas puisque nous avons, nous aussi, à naître d’en-haut, à être aux affaires de notre Père des Cieux.

De même que nos familles humaines ne sont pas « propriétaires » de leurs enfants, de même, nos familles religieuses ne sont pas propriétaires de leurs membres. Toutes ces familles humaines et spirituelles sont au service de notre croissance sous le regard de Dieu de telle sorte que nous puissions dire avec St Augustin : « Seigneur, tu nous a fait pour toi et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi ! » Lorsque Sainte Anne, dans la magnifique première lecture du livre de Samuel, offre son fils au Seigneur, elle se révèle pleinement mère et servante d’une vie qui ne lui appartient pas…

En attendant ce jour où nous serons chez notre Père, ouvrons nos familles à l’Esprit-Saint afin que chacun grandisse dans le respect de sa personnalité et de sa dignité d’enfant de Dieu. Alors, nos familles humaines, nos communautés religieuses, deviendront le lieu de Dieu, elles  seront saintes de la sainteté de Celui qui les habite, elles seront, à leur tour, non pas « la sainte famille » qui est unique mais des familles saintes au sein desquelles l’amour de Dieu qui rend libre inspire, fonde et appelle à respirer Dieu à plein poumons…Amen,

Brive, le 26 décembre 2021 Fr Henri Namur,  ofm

Homélie du 25 décembre 2021 – Nativité C – Fr. Jean Damascène

Homélie du 24 décembre 2021 – Nativité C – Fr. David

Homélie du 19 décembre 2021 – 4e dimanche Avent C – Fr. Henri

Frères et Sœurs, le prophète Michée, dans la première lecture, nous dit déjà que « le jour où enfantera celle qui doit enfanter » Dieu se révélera comme étant « notre berger » et « notre paix ». C’est une bonne nouvelle pour les contemporains de Michée, c’est une bonne nouvelle pour nous dans la période troublée que nous vivons…

Cette manière qu’a Dieu de prendre soin de nous et de nous procurer la paix et la joie, nous la retrouvons dans ce passage de l’Évangile de Luc que nous venons de proclamer. Dans la rencontre de Marie et d’Élisabeth il y a comme un condensé de tout le mystère de notre foi, de tout le mystère de cette Bonne Nouvelle de l’humilité de Dieu qui, à Noël, se fait l’un de nous dans un enfant. Certes, liturgiquement parlant, nous ne sommes pas encore à Noël, nous sommes dans le temps de l’attente. Les enfants respectifs d’Élisabeth et de Marie, ne sont pas encore nés, mais ils sont déjà là dans le sein de leurs mères.

Ce qui nous est donc donné à contempler en ce quatrième dimanche de l’Avent, c’est le mystère de deux vies, non encore écloses au monde des hommes, de deux vies qui se tissent dans le secret du sein de Marie et de celui d’Élisabeth !

À l’annonce, par l’ange Gabriel, de la grossesse de sa cousine Élisabeth, déjà âgée et qui en est à son sixème mois, Marie se met aussitôt en route pour la rejoindre. Lorsque les deux femmes se retrouvent, à peine la salutation de Marie retentit-elle aux oreilles d’Élisabeth que l’enfant qu’elle porte en elle tressaille … ! Qu’un enfant bouge dans le sein de sa mère, rien que de très naturel. Mais l’enfant d’Élisabeth, c’est d’allégresse qu’il tressaille ! Il bondit littéralement de joie dans le ventre de sa mère.

Comme Marie lors de l’Annonciation, Élisabeth est à ce moment précis « remplie de l’Esprit Saint » et elle reconnaît en Marie « la mère de son Seigneur« . Alors, c’est d’une voix forte qu’elle adresse à Marie cette belle et joyeuse béatitude : « Heureuse, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur« . Si Marie est qualifiée ainsi par sa cousine de bienheureuse, c’est bien parce qu’elle a cru aux paroles du Seigneur transmises par l’Ange Gabriel ». C’est bien en raison de sa foi que Marie est bienheureuse.

Quel bonheur profond pour nous-mêmes, que cette parole de bénédiction ! Cela nous rappelle que notre foi est le seul berceau dans lequel nous pouvons authentiquement accueillir le Seigneur. C’est en raison de notre foi, reçue et vécue en Église, qu’il y aura pour nous aussi un plein accomplissement des paroles qui nous ont été dites de la part du Seigneur le jour de notre baptême et au cours de notre vie ! Oui, heureux sommes-nous quand, dans l’obéissance filiale, nous ouvrons humblement nos pauvretés à la présence agissante de l’Esprit de Dieu en nous.

En fait, cet Évangile de la Visitation est comme le prototype de toute rencontre authentique. Rencontrer l’autre c’est se mettre en route, communier à son mystère, accueillir ce qu’il me révèle de mon propre mystère et nous réjouir de cette présence de l’un à l’autre…

St Luc, pour désigner cet élan qui pousse Marie à aller à la rencontre de sa cousine Élisabeth utilise le même verbe que celui qui est choisi pour désigner la résurrection de Jésus. Ainsi, Marie « qui se met en route », c’est Marie qui annonce déjà la résurrection et la vie nouvelle de Celui qui a fait des merveilles pour elle comme pour Élisabeth.

Oui, vraiment, comme Marie et Élisabeth, nous pouvons nous aussi exulter car notre pauvre corps mortel est le lieu de l’inhabitation de l’Esprit-Saint en nous : au cœur même de notre condition humaine l’Esprit nous enseigne et nous fait reconnaître en Jésus celui qui est présent parmi nous comme le Seigneur de toute vie jusqu’en ses plus humbles commencements et balbutiements. Dieu ne se contente pas de nous visiter, il se fait l’un de nous en prenant notre propre chair, en naissant à notre vie d’homme à la façon de tous les petits d’homme. Oui, quel mystère : Jésus nous est déjà présent…in utero ! C’est ainsi qu’il vient à nous pour nous pour nous dire tout l’amour qui est en lui !

Au terme de cette méditation sur la rencontre d’Élisabeth et de Marie, heureux sommes-nous de croire qu’il y aura pour nous-mêmes et pour tout homme, un plein accomplissement aux paroles de vie qui nous sont dites dans la célébration de cette Eucharistie et dans chacune de nos Eucharisties. Heureux sommes-nous de croire qu’il y aura un plein accomplissement à la vie qui jaillit de toute rencontre authentique, c’est-à-dire de toute rencontre vécue dans le dynamisme du saint Évangile et dans l’art de se faire proche fraternellement de tout homme à la façon de frère François d’Assise.

Comme Marie et Élisabeth, à nous maintenant d’enfanter la joie qui demeure, une joie qui n’a pas sa source dans nos émotions éphémères, mais en Dieu dès lors que nous faisons de chacune de nos rencontres une Visitation, Amen…

Saint-Antoine, Brive

Le 19.12.2021                                                                fr Henri Namur, ofm

Homélie du 12 décembre 2021 – 3e dimanche Avent C – Fr. David

Homélie du 5 décembre 2021 – 2e dimanche Avent C – Fr. Carlos

Homélie du 28 novembre 2021 – 1er dimanche Avent C – Fr. Carlos

Homélie du 21 novembre 2021 – Christ-Roi B – Fr. Jean Damascène

Homélie du 14 novembre 2021 – 33e dimanche B – Fr. David

Homélie du 7 novembre 2021 – 32e dimanche B – Fr. Henri





Jésus a l’art d’observer nos traditions et nos comportements. Installé en face du temple, il regarde les gens qui vont et viennent. Son regard est attiré par une pauvre veuve qui très certainement passe inaperçue aux yeux de beaucoup mais pas aux siens. Cette veuve, qui est pauvre, ne peut mettre qu’une petite piécette dans le trésor du Temple. Jésus est à ce point touché qu’il appelle ses disciples auprès de lui pour leur déclarer : « Amen, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres dans le trésor ». Il y a de quoi être perplexe puisqu’elle n’a presque rien mis et pourtant, la leçon est claire ! Si Jésus dit de cette veuve qui est pauvre qu’elle a mis dans le trésor du Temple plus que tous les autres qui sont plus riches qu’elle, c’est qu’en donnant le peu qu’elle avait elle s’est donnée elle-même sans réserve aucune. Elle a accompli le même mouvement que celui de Jésus qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous afin de nous enrichir de sa pauvreté et de son amour.
Ce qui est formidable c’est que cette femme, toute pauvre qu’elle est, a tout de même quelque chose à donner à Dieu. Ce quelque chose c’est son cœur et sa foi. Que ce soit le récit de la veuve de Sarepta et Élie dans la première lecture, ou celui de cette veuve de l’évangile, nous sommes là en présence de femmes qui ne gardent pas pour elles le peu qu’elles ont mais qui, en donnant ce peu, se donnent elles-mêmes. Comme la veuve de Sarepta qui a sacrifié sa dernière poignée de farine pour Élie, la pauvre veuve de l’évangile fait pour Dieu une folie : elle s’en remet à Dieu pour son pain quotidien ; Elle accepte de manquer, pour que Dieu, dans sa vie, soit le premier servi.
En agissant ainsi c’est en fait sa pauvreté qu’elle donne ou abandonne à Dieu; et c’est cela surtout qui a touché Jésus. Cette femme toute simple savait qu’elle n’avait pas à devenir riche pour pouvoir donner.
Cela nous renvoie à notre propre pauvreté. Sommes-nous vraiment pauvres devant Dieu ?  Reconnaître nos pauvretés, c’est le premier pas indispensable pour être sauvé ! Il y a tant de façon d’être pauvres. On peut être pauvre de santé ou de grâce physique, pauvres d’appuis ou d’amitié. Face à toutes ces pauvretés la veuve de l’Évangile nous montre que le vrai chemin c’est d’abandonner toutes ces pauvretés à Dieu.
Nous comprenons mieux pourquoi Jésus met en garde ses disciples contre les scribes. Leur problème c’est d’être pleins d’eux-mêmes. Ils ne sont pas pauvres. Ils recherchent la gloire des hommes sous couvert de religion. Et pourtant, aujourd’hui comme hier, ce ne sont pas les vêtements d’apparat, les salutations, les places d’honneur, les relations mondaines qui nous sauveront, mais bien cette pauvreté de nous-même reconnue humblement devant Dieu et qui devient le lieu que Dieu vient habiter. C’est là, me semble-t-il, une réflexion qui devra nécessairement nous inspirer, en tant que peuple de Dieu en chemin synodal, dans les moyens à prendre pour une Église plus sûre, plus humble, plus fraternelle…
Entrer dans cette humble reconnaissance de nos pauvretés c’est permettre au Seigneur de les habiter de sa richesse. Être pauvre de cette pauvreté évangélique, c’est faire de la place à Dieu dans nos vies. Cette pauvreté est le lieu de notre vérité sous le regard de Dieu. C’est une pauvreté tout à la fois spirituelle puisqu’elle vient de l’Esprit-Saint, et une pauvreté évangélique puisqu’elle nous est révélée dans l’Évangile. Cette pauvreté évangélique nous permet de consentir à toutes nos pauvretés en en faisant le lieu où humblement nous offrons ce que nous sommes à Celui qui se donne à nous gratuitement et entièrement. Comme le dit si bien St François dans une lettre qu’il adresse à tous les frères de l’Ordre: « Ne gardez pour vous rien de vous, afin que vous reçoive tout entiers Celui qui se donne à vous tout entier ».
Se désapproprier de soi pour se recevoir de Celui qui est la Vie éternelle, c’est cela être sauvé! Donner en se donnant, c’est cela mettre dans le Trésor du cœur de Dieu plus que tous les autres… Désormais, nous le savons, le lieu de Dieu, ce n’est plus le temple, mais l’homme. Voilà pourquoi Saint-François d’Assise, en épousant celle qu’il appelait « Dame Pauvreté » a pris le meilleur « parti » qui soit, il a choisi une compagne avec laquelle il pouvait creuser en lui cet espace où accueillir la croix du Seigneur et sa miséricorde, la croix du Seigneur et sa lumière, la croix du Seigneur et son amour pour toutes les créatures. Celui que l’on appelle « le petit pauvre » a été à ce point pauvre de lui et riche de Dieu qu’il fut conformé au Christ par l’imposition des stigmates sur le mont Alverne.
Que cette célébration Eucharistique contribue à creuser en nous cet espace de pauvreté où nous accueillons le don de Dieu en nous donnant sans réserve à nos frères et sœurs, Amen.
Brive, le 7 novembre 2021
Fr Henri Namur, ofm

Homélie du 1er novembre 2021 – Toussaint B – Fr. Henri





Frères et sœurs, avec l’Apocalypse de Saint Jean nous sommes en présence d’une foule immense. On se croirait dans l’ambiance d’une finale au stade de France. La différence, ici, c’est que cette foule n’est pas rassemblée pour jouer au football… ! De plus, cette foule n’est pas anonyme, ce sont les serviteurs de Dieu, autrement dit, les saints. Et puis, comme les footballers ou les rugbymen, ils sont reconnaissables, non pas à la couleur de leur maillot, mais, plus exactement, à la couleur de leur vêtement blanc. Ils sont aussi reconnaissables en raison du sceau dont ils sont marqués et qui est la marque du Dieu vivant. Et puis, comme lorsqu’un but est marqué, ils proclament d’une voix forte que le Salut ne vient pas des hommes mais qu’il est donné par notre Dieu…  Le message est clair, Dieu seul sauve ! C’est ce que proclament les images des saints qui sont dans cette église. Tous ces gens, nous dit St Jean, « viennent de la grande épreuve…ils ont lavé leurs vêtements, ils les ont purifiés dans le sang de l’Agneau… Dit autrement, tous ces gens, ce sont les saints de la vie de tous les jours, ces hommes et ces femmes qui ont fait de leur baptême un témoignage quotidien de conversion et d’amour. Cette foule est à ce point immense que St Jean nous dit que « nul ne pouvait la dénombrer ». Ce qui veut bien dire que les saints, les amis de Dieu, sont bien plus nombreux que ceux que l’Église déclare comme tels… !
 
Cette foule immense ne connaît pas de limites : tous nous sommes appelés à les rejoindre en devenant saints, bons et beaux comme Dieu : là est notre vocation ! Devenir saint peut nous paraître difficile, voire inaccessible. Saint Jean et Saint Matthieu viennent à notre secours en nous proposant deux façons de nous engager sur un chemin de sainteté.  La première façon, nous dit Saint Jean, c’est d’être pur.  Il affirme que lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est et il ajoute : « tout homme qui fonde sur le Christ une telle espérance se rend pur comme lui-même, Jésus, est pur »… De quelle pureté s’agit-il ? Le cœur pur, dans toute la tradition biblique, c’est celui qui n’est pas double !  Cette pureté, ici, n’est autre que celle qui transforme notre regard, nos intentions et notre agir. Pureté et sainteté sont intimement liés… En fait, est pur, celui qui consent à sa vocation à la sainteté. Emprunter les chemins de la sainteté, c’est donc croire, pour en vivre, qu’au cœur même des contradictions et des nuits de nos vies, nous sommes comblés de l’amour du Père qui nous appelle ses enfants.
 
l’autre façon de nous engager sur un chemin de sainteté, c’est de faire des Béatitudes notre nouvelle manière d’être. Saint Matthieu nous propose de commencer par contempler Jésus qui a prié toute la nuit et qui, au sortir de ce cœur à cœur avec son Père voit la foule assemblée auprès de lui. C’est alors que Jésus se met instruire tous ces gens. L’instruction donnée par Jésus ne relève pas du domaine de la connaissance intellectuelle. Jésus instruit en construisant. Jésus prend le temps de construire en chacun une nouvelle manière d’être, une nouvelle manière de naître à la vie des enfants du Royaume, une nouvelle manière d’être heureux selon Dieu. Imprégnons-nous de ces béatitudes laissons-les résonner dans ce temps que nous vivons :
 
 
1.    Bienheureux êtes-vous, vous qui mettez vos pas dans ceux de Jésus et empruntez le chemin qui fut le sien, lui qui, de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous afin de nous enrichir de sa propre pauvreté.
2.    Bienheureux êtes-vous vous qui faites de l’humilité votre boussole pour retourner dans la maison du Père,
3.    Bienheureux êtes-vous, vous qui choisissez la vie en devenant des chercheurs de Dieu,
4.    Bienheureux êtes-vous vous qui, dans ce monde de violence prompt à condamner et peu enclin à pardonner, êtes habités par la douceur, la pureté, et la proximité fraternelle d’un François d’Assise,
5.    Bienheureux êtes-vous vous qui pleurez devant le constat du péché, le vôtre, celui du monde et celui de l’Église. Un péché, source de violences et qui blesse gravement la vie d’autrui, la vôtre et le cœur de Dieu…,
6.    Bienheureux êtes-vous, vous qui êtes des artisans de paix dans la situations complexes et dramatiques  que connaissent les migrants et les victimes du des épidémies et du terrorisme…
7.    Bienheureux êtes-vous, de contempler dans la croix de Jésus l’amour qui pardonne et relève et de recevoir de cette même croix votre propre vocation à la sainteté.
8.    Enfin, bienheureux êtes-vous de ne pas confondre sainteté et perfection ! Oui, heureux êtes-vous de  reconnaître votre pauvreté et de recevoir du Seigneur un cœur de chair en lieu et place de votre cœur de pierre permettant ainsi à l’amour de Dieu de grandir en vous.
 
On pourrait allonger la liste de ces béatitudes qui dynamisent notre espérance et notre chemin de sainteté. Certes, choisir l’Evangile du Christ, c’est inévitablement affronter l’épreuve, parfois même la persécution mais heureux sommes-nous car, au cœur de tout cela, brille déjà la joie et l’allégresse qu’il y a dans le cœur de Dieu et dans tous ces saints d’hier et d’aujourd’hui qui ont vécu et vivent en enfants de lumière.
 
Au  cours de cette Eucharistie rendons grâce pour cette belle communion des saints qui, en Jésus le seul Saint, unit le ciel et la terre… Comme dans une cordée de haute montagne, resserrons nos liens avec tous ces saints qui nous précèdent.  Ils sont déjà arrivés au sommet, nous, nous sommes encore en marche mais nous sommes membres d’une même cordée. Soyons donc solidaires les uns des autres dans cette ascension vers le sommet de la Sainte Trinité ; Laissons-nous conformer à la sainteté de celui qui seul est saint et toute bonté. Réjouissons-nous et soyons dans l’allégresse car, avec ceux d’en haut comme avec ceux d’en-bas, nous formons un seul peuple, celui des enfants du Royaume …, AMEN              
 
Saint Antoine, Brive la Gaillarde,
Dimanche 1er novembre 2021                                      Fr. Henri NAMUR, ofm

Homélie du 31 octobre 2021 – 31e dimanche B – Fr. David

Homélie du 24 octobre 2021 – 30e dimanche B – Fr. Jean Damascène

Homélie du 17 octobre 2021 – 29e dimanche B – Fr. Henri

Homélie du 10 octobre 2021 – 28 e dimanche B – don Louis-Marie

Homélie du 3 octobre 2021 – Fête de St François – Fr. David

Homélie du 26 septembre 2021 – 26e dimanche B – Fr. Henri

C’est dans un mois, le 17 octobre précisément, que sera lancée dans les diocèses du monde entier, la première phase du Synode, voulu par le Pape François, sur la synodalité dans l’Église. « Synode » en grec, cela veut dire « faire chemin ensemble ». La finale de la première lecture, celle du livre des Nombres et le début de l’Évangile de Marc, viennent à propos pour nous éclairer le sens profond de cette démarche synodale.

Josué, fils de Noun, auxiliaire de Moïse depuis sa jeunesse,
prend la parole pour demander à Moïse d’arrêter les deux hommes qui prophétisent sans faire partie des soixante-dix anciens qui ont reçu l’Esprit.  Et la réponse de Moïse à Josué est sans équivoque :« Serais-tu jaloux pour moi ?Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! » Traduit dans un langage qui nous est plus accessible : l’Esprit-Saint souffle où il veut… y compris en-dehors de nos églises…nous n’en sommes pas propriétaires !

Dans l’Évangile de ce jour c’est encore plus clair. À Jean qui vient faire part à Jésus de son indignation : « Maître, nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché, car il n’est pas de ceux qui nous suivent », Jésus répond: « Ne l’en empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous ». Ce sont exactement les mots qu’utilise le Pape François pour expliquer la démarche synodale qui, dans son écoute des uns et des autres,invite aussi à écouter les questions de ceux qui semblent loin de l’Église. Je le cite: « Le Saint-Esprit dans sa liberté ne connaît pas de frontières, et ne se laisse même pas limiter par l’appartenance ».

La suite de l’Évangile de ce jour a de quoi nous déstabiliser encore plus ! Les paroles de Jésus sont dures et leur violence est choquante. Jésus ne fait pas dans la demi-mesure. Il nous demande de couper et de trancher tout ce qui en nous est empêchement à le suivre. Bien évidemment, il ne s’agit pas de nous mutiler. Ce qui nous est demandé, c’est de rompre d’une manière radicale avec les habitudes qui nous entraînent au péché. Jésus nous donne trois exemples : il nous parle d’abord de la main. La main, elle est faite pour recevoir les dons de Dieu et les partager. La main qui entraîne au péché, c’est celle qui accumule les richesses au détriment des plus pauvres. Cette soif de richesses qui peut entraîner la chute d’un petit. Le mot « petit, ici, est à entendre dans son sens biblique, à savoir les « anawim » les « pauvres de Dieu », ceux que les béatitudes appellent les « pauvres de cœur ».

Deuxième exemple, le pied. Le pied symbolise le mouvement. C’est l’indépendance et l’autonomie. On peut pécher avec le pied quand on court vers le mal et qu’on y entraîne les autres au lieu de l’utiliser pour marcher à la suite de Jésus. Pécher avec le pied, c’est ne compter que sur soi, se détourner de Dieu et s’engager sur des chemins où nous finissons par nous perdre.

Troisième exemple, l’œil. L’œil peut prendre diverses formes. L’œil mauvais, c’est celui qui ne voit que le mal chez les autres. L’œil, c’est aussi le regard méprisant et orgueilleux. Le péché de l’œil, c’est de ne voir que lui-même et ses intérêts personnels.

L’apôtre Saint Jacques va dans le même sens en déclarant que richesses entassées sont pourries parce qu’elles faussent les relations de fraternité et de justice. Il enfonce le clou en affirmant que ce qui fait la valeur d’une vie, c’est l’amour, cet amour sur lequel nous serons jugés. Pour nous, chrétiens, l’image de l’amour de Dieu c’est la croix. Cette croix qui nous dit un amour radical et appelle de nous une réponse d’amour tout aussi radicale. N’ayons donc pas peur de couper et trancher tout ce qui nous sépare d’un tel amour et, de même qu’un seul est mort pour tous, ouvrons-nous à tout homme en recherche de Dieu, aussi loin et étranger soit-il…

Soyons bien persuadés que si le Seigneur nous tient un langage aussi « tranchant », c’est qu’il nous aime d’un amour fou et que sa violence n’est autre que celle de l’Esprit de Dieu qui est là pour nous réveiller et rallumer en nous la flamme de l’amour et de la vie. C’est pourquoi, au cours de cette Eucharistie, disons et redisons avec le psalmiste: « Seigneur, tes préceptes sont droits, ils réjouissent notre cœur ».

Brive-St-Antoine, le 26.09.2021                Fr Henri Namur, ofm

Homélie du 19 septembre 2021 – 25e dimanche B – Fr. Jean Damascène

Homélie du 5 septembre 2021 – 23e dimanche B – Fr. Henri

Homélie du 29 août 2021 – Fr. David

Homélie du 8 août 2021 – 19e dimanche B – Fr. Carlos

Homélie du 1er août 2021 – 18e dimanche B – Fr. David

Homélie du 25 juillet 2021 – 17e dimanche B – Fr. Carlos

Homélie du 18 juillet 2021 – 16e dimanche B – Fr. Henri

Homélie du 11 juillet 2021 – 15e dimanche B – Fr. Carlos

Homélie du 4 juillet 2021 – 14e dimanche B – Fr. David

Homélie du 6 juin 2021 – Fête du saint Sacrement B – Fr. Carlos

Homélie du 23 mai 2021 – Dimanche de Pentecôte B – Fr. David

Homélie du 16 mai 2021 – 7e dimanche de Pâques B – Fr. Henri

S’il y a une affirmation qui ressort clairement des lectures de ce dimanche c’est celle-ci : Dieu veut la relation avec nous. C’est pour cela qu’il ne nous appelle plus serviteurs mais ses amis. Il va jusqu’à nous faire entrer dans l’intimité de sa relation à son Père. Ce qu’il demande pour nous à son Père au moment où il retourne vers lui, est émouvant. Il le prie instamment de nous garder unis dans son nom. En priant ainsi, ce que désire Jésus pour nous c’est que nous ne fassions qu’un seul cœur sous son Nom et que ce Nom soit source jaillissante de notre communion entre nous à la façon dont le Père et lui sont un. Jésus va plus loin encore. Il demande à son Père que nous ayons en nous sa joie et que nous en soyons comblés. L’unité dans la communion et la joie, voilà ce que demande Jésus pour nous à son Père avant de s’en aller auprès de lui.

C’est une belle façon, de la part de Jésus, de nous rappeler que nous ne sommes pas laissés à nous-mêmes. Nous avons une « appartenance » qui est dite toute entière dans le nom que nous portons. Ce nom de « chrétiens », signifie bien que c’est à lui, le Christ, que nous appartenons et non pas au monde ! Certes nous sommes dans le monde mais sans lui appartenir, c’est au Christ que nous appartenons ! C’est pourquoi le monde, qui chez saint Jean représente tout ce qui s’oppose à Dieu, ce monde-là a de la haine contre nous. C’est cette même haine qui s’est retournée contre Jésus, contre ses disciples et cela continue de plus belle à notre époque et sous toutes les latitudes.

Aujourd’hui on entend souvent dire : « Notre monde est dur » ; et il est bien vrai que les problèmes auxquels nous devons faire face ne manquent pas : problèmes d’environnement, les mutations de nos sociétés, les crises économiques et pandémiques. C’est pourtant dans ce monde-là que le Christ nous veut comme témoins de son Évangile. C’est la raison pour laquelle Jésus ne prie pas son Père de nous retirer du monde mais de nous garder du Mauvais. Le terme grec utilisé par St Jean et qui est traduit ici par « mauvais-πονηρος », désigne ce qui est défectueux et, par extension, celui qui est la cause de notre mauvais état, à savoir le Mauvais, Satan.

Oui, Jésus nous veut « en bon état » ; plus encore, il nous veut sanctifiés dans la Vérité, c’est-à-dire dans la Parole de son Père. Pas d’autre moyen d’être sanctifiés dans la vérité que de garder la Parole de Dieu : là est notre responsabilité.   Pour y arriver, la seule façon, c’est de prier pour entretenir en nous cette relation que Jésus entretien avec son Père. La prière nous fait entrer dans cette attitude filiale et responsable que décrit si bien Saint Ignace lorsqu’il nous invite à prier comme si tout dépendait de Dieu et à agir comme si tout dépendait de nous

Oui, notre Père des Cieux nous garde et il nous sanctifie ; il nous             «consacre », c’est-à-dire qu’il nous « met à part » en nous faisant entrer dès maintenant dans sa vie, dans son projet, dans sa lumière. Mais cette « mise à part », cette « sanctification » c’est en vue de nous envoyer habités par sa sainteté à lui… 

Cette amitié de Dieu, cette vie du Père dans laquelle Jésus nous introduit, est finalement plus vraie et plus nécessaire que tous nos projets, toutes nos quêtes et toutes nos soifs. Plus nous faisons confiance au Père, et plus nous parvenons à faire de sa volonté notre nourriture : c’est bien ce que nous demandons chaque jour dans le Notre-Père en lui disant : « que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel » et « donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

Il y a encore une chose que Jésus demande à son Père de nous donner, c’est la joie. Cette joie il la veut pour nous en abondance. Cette joie est le fruit de cet amour fidèle que lui-même a eu pour son Père et pour nous ; amour dans lequel nous sommes introduits par la prière et le don de nos vies. Cette joie, c’est la joie de savoir que l’amour trouvera toujours son chemin, c’est la joie du projet du Père de nous associer à sa vie…

Certes, le sentier par où nous est donnée cette joie est plutôt étroit mais il n’en reste pas moins qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir…

Oui, comme le dit St Jean dans sa première lettre : Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui : là est notre appartenance, notre vocation et notre joie. Osons donc faire de notre prière une contemplation amoureuse dans laquelle il n’y a pas besoin de beaucoup de mots. Soyons convaincus que notre vie est entourée d’un amour grand et fidèle dont rien ne pourra jamais nous séparer. Soyons les témoins crédibles de cet amour qui nous précède et nous attend. Travaillons à cet amour, donnons-lui notre vie pour un monde plus juste et fraternel, Amen.

Homélie du 9 mai 2021 – 6e dimanche de Pâques B – Fr. Jean Damascène

Homélie du 2 mai 2021 – 5e dimanche de Pâques B – Fr David

Homélie du 25 avril 2021 – 4e dimanche Pâques B – Fr. Jean Damascène

Homélie du 18 avril 2021 – 3e dimanche de Pâques B – Fr. Henri

Homélie du 11 avril 2021 – 2e dimanche de Pâque B – Fr. Carlos

Homélie du 4 avril 2021 – Dimanche de Pâques B – Fr. David

Homélie du jeudi saint – Fr. Henri

Chers frères et sœurs, en cette célébration du Jeudi-Saint, je vous propose une méditation centrée tout à la fois sur Jésus et sur Pierre. Ainsi, nous pourrons méditer simultanément sur qui est Dieu dans le dévoilement qu’Il nous fait de lui-même lors du lavement des pieds et aussi qui nous sommes tant dans nos pauvretés que dans la richesse de notre vocation de disciples du Christ… ?

Saint Jean met sous nos yeux le spectacle étonnant de Jésus qui lave les pieds de ses disciples. Ce geste de Jésus est inconcevable tant il heurte notre sens immédiat de la puissance de Dieu ! Et pourtant, à l’occasion de son dernier repas, c’est bien le geste que Jésus nous laisse. Geste qui est un véritable testament, un authentique nouveau testament ! A l’époque de Jésus, laver les pieds des hôtes est un geste d’hospitalité. Ce geste est toujours accompli par un serviteur. Probablement certains d’entre vous ont déjà fait des séjours dans des monastères. Vous aurez alors fait l’expérience du lavement de vos mains par le Père Abbé juste à l’entrée du réfectoire des moines. Or, ce soir, il ne s’agit pas des mains mais des pieds ! Le mouvement d’abaissement de Jésus est un abaissement total… Jésus partage ainsi la position d’infériorité du domestique. Le très-haut se fait le très-bas. Lui, le maître, il s’agenouille à nos pieds pour les laver et les essuyer.

Qu’est-ce que Jésus peut bien vouloir nous dire par un tel geste si émouvant  et si étranger à nos manières d’être habituelles?  En fait, ce que Jésus veut nous faire comprendre c’est qu’en sa Personne c’est le Père lui-même qui vient servir nos vies! Que ce soit au moment de la Création, que soit au moment de l’Incarnation ou que ce soit lors de son abaissement aux pieds de ses disciples au cours de son dernier repas,  c’est le même mouvement d’abaissement qui est accompli. Rappelons-nous les mots de St Paul en Philippiens 2: « lui, de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur».

Ainsi, aujourd’hui, c’est un seul et même amour qui nous est révélé tant dans l’institution de l’Eucharistie que dans le lavement des pieds. Contempler un tel amour c’est, inséparablement, faire de nos vies une authentique eucharistie c’est-à-dire un service de la charité de Dieu pour nos frères et soeurs. » Et c’est bien effectivement ce à quoi nous appelle Jésus lorsqu’il nous dit: « c’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez vous aussi comme j’ai fait pour vous ».

Ainsi, ces deux mémoires inséparables que sont la Sainte Cène et le lavement des pieds sont l’unique socle sur lequel notre assemblée est fondée. Le lavement des pieds nous ouvre au mystère de l’eucharistie et l’eucharistie fortifie en nous l’amour fraternel. A n’en pas douter, c’est bien cette double mémoire qui inspire le Pape François lorsqu’il nous exhorte à « aller aux périphéries » et à « ne pas avoir peur de toucher la chair souffrante du Christ chez les hommes nos frères… » Mais vous comprenez bien que cette manière de « laver les pieds » de nos contemporains ne peut se réaliser sans une communion profonde au pain eucharistique, à l’incorporation du pain de vie qui est notre seule force.

Ainsi est Dieu, chers frères et sœurs, qui nous rejoint au plus loin que nous soyons afin qu’en Lui nous puissions retrouver le chemin qui mène au Père. …Pas étonnant que François d’Assise, touché par un tel abaissement, ait donné à ses frères le nom de « frères mineurs », afin qu’ils reproduisent dans leur cœur et dans leur vie ce même mystère d’abaissement amoureux qui permet à tout homme rencontré de grandir dans l’amour de Dieu… En bons disciples du Seigneur nous sommes faits pour faire advenir en toute personne rencontrée cet amour de Dieu dans lequel cette personne a été créée, amour bien souvent ignoré par l’intéressé lui-même… !

Venons-en maintenant à la réaction de Pierre au moment où Jésus se présente devant lui pour lui laver les pieds et à ce que cela nous dit de nous-mêmes. La réaction de Pierre est plutôt vive, toute à l’image du caractère de l’homme : « tu ne me laveras pas les pieds : non   jamais! » Ce qu’il y a de bien avec Pierre c’est qu’on n’est jamais dans l’ambiguïté ou la demi mesure… Pierre résiste, comme après la première annonce de la Passion. Et sa résistance dit nos propres résistances à l’action de Dieu en nous.

Refuser de nous laisser laver les pieds, c’est refuser de nous laisser toucher par le Christ, c’est refuser de nous laisser aimer par lui. Refuser l’hospitalité qu’Il nous offre, cela aussi c’est refuser de nous laisser laver les pieds. Refuser le don de nous-mêmes aux autres à l’instar de Jésus, c’est encore nous détourner de Jésus qui veut nous laver les pieds…

Vous voyez combien il est difficile de nous laisser faire par le Maître de nos vies, combien il nous est difficile d’accepter que Dieu soit Dieu de cette façon, d’accepter d’être associés à une telle manière d’être de Dieu …!

Devant ces résistances si bien ancrées dans la vie de Pierre et dans les nôtres, il importe au plus haut point de bien entendre la réaction de Jésus: « si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi ».Nous voilà donc prévenus !  Impossible de communier au Corps et au Sang du Christ si l’on n’accepte pas l’hospitalité qu’il nous offre en tant que Christ serviteur : le lavement des pieds et la sainte Cène sont inséparables… Pour être du Christ, pour avoir part avec lui il faut être « comme » lui…

Heureux sommes-nous, chers frères et sœurs, si nous gardons vive en nos cœurs la mémoire du Seigneur dans son Eucharistie et dans le lavement des pieds. Heureux sommes-nous si nous consentons au sens ultime de notre vie qui consiste à nous ouvrir à la miséricorde de Dieu et, en retour, au don de nos vies par amour de son amour. Heureux sommes-nous si notre méditation nous ouvre à cette humble prière que je vous invite à garder précieusement dans vos coeurs: « Seigneur, lave-moi non seulement les pieds mais aussi les mains et la tête afin que je puisse, avec mes frères et sœurs,  prendre ma part du soin que tu prends de tout homme en donnant ma vie par amour de Toi, Amen ».

Brive, le Jeudi-Saint – 1° avril 2021                             fr Henri Namur, ofm

Homélie du 21 mars 2021 – 5e dimanche carême B – Fr. David

Homélie du 14 mars 2021 – 4e dimanche carême B – Fr . Henri


Frères et Sœurs,  retenons dans notre coeur deux certitudes qui émergent des trois lectures de ce jour. Deux certitudes de foi qui ont de quoi nous faire du bien et nourrir notre espérance:
 
Première certitude : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » Dans ces quelques mots St Jean nous dit toute la bienveillance de Dieu envers nous depuis les origines et ce, malgré notre péché. Ces paroles, c’est à Nicodème que Jésus les adresse. Et afin que ce dernier comprenne bien comment va se réaliser la phase ultime de ce « sauvetage », c’est-à-dire de notre salut, Jésus ajoute en parlant de lui-même, et c’est la deuxième certitude de foi: « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle. »
 
En fait, c’est notre espérance toute entière qui est dite dans ces deux phrases, dont l’une dit l’intention bonne de Dieu envers nous depuis toute éternité, à savoir sauver le monde, et l’autre qui en exprime la réalisation dans la croix de Jésus.
 
Mais, comment traduire aujourd’hui le mot « salut », c’est-à-dire le fait d’être sauvé ?  Sauvé de quoi ? Une façon « autre » de parler du « salut » ce pourrait être de dire que nous sommes aimés depuis toute éternité et pardonnés à chaque fois que, avec Notre Seigneur Jésus-Christ, nous avons l’humilité de retourner vers Dieu…de revenir vers Celui d’où nous provenons et vers qui nous allons …
 
Pour être plus précis, revenons sur la référence que fait Jésus au serpent de bronze élevé sur une croix. Jésus évoque là le récit que l’on trouve dans le livre des Nombres au chapitre 21. Le peuple hébreu, libéré de la servitude de Pharaon, fait la traversée du désert. Au cours de cette traversée beaucoup meurent de la morsure des serpents qui leur est infligée en raison de leur rébellion contre Dieu. Aussitôt ils se tournent vers Moïse afin qu’il intercède auprès de Dieu. Moise, alors, ordonne que l’on place un serpent sur une croix afin que quiconque aura été mordu puisse lever les yeux vers cette croix et conserver la vie.
 
Dans l’Évangile Jésus donne à cet événement sa pleine signification. Sur la croix ce n’est plus un serpent mais c’est Jésus, qui s’est fait péché pour nous, qui est crucifié. Lever les yeux vers celui que nous avons crucifié c’est obtenir de lui le pardon et la vie. Malgré les apparences contraires, la mort n’a plus le dernier mot. Certes elle continue à accomplir son œuvre mais elle ne triomphe plus. La mort devient passage vers la Vie car rien ne peut empêcher le Père des Cieux de réaliser son projet d’amour sur nous. Jésus a voulu épouser notre condition mortelle, et donc notre mort, afin d’y semer la semence de la Vie éternelle. Par sa mort sur sa croix, Notre Seigneur a ouvert une brèche par laquelle il nous invite à le suivre : c’est en cela que nous sommes « sauvés » et là est la source profonde de notre joie. Il suffit de réentendre l’exultation de St Paul qui, avec des mots puissants, écrit aux chrétiens d’Éphèse et à nous aujourd’hui: « Frères, Dieu est riche en miséricorde; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a fait revivre avec le Christ. Avec lui il nous a ressuscités; avec lui il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus ».
 
Profitons donc de ce temps du Carême qui est un temps favorable pour resserrer nos liens avec le Christ. Commençons par prendre conscience de ce qui nous sépare du Seigneur, à savoir notre péché, un péché que nous sommes invités à abandonner humblement sur sa croix. En agissant ainsi nous ferons comme les hébreux au désert ou comme le peuple d’Israël lorsqu’il était en exil à Babylone et nous ferons l’expérience que Dieu ne nous abandonne pas. Revenons donc de tout notre cœur à notre Dieu qui, malgré nos infidélités reste fidèle à son Alliance, lui qui ne veut pas la mort du pécheur mais qu’il vive !
 
Encore une fois, accrochons-nous fermement à cette certitude que « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. » Oui, Dieu aime les hommes de ce temps tels qu’ils sont et il nous invite à regarder le monde avec lui et comme lui. Vainqueur de la mort et du péché, le Christ nous précède et nous attend dans son Royaume : C’est cela être sauvé ! C’est gratuit. Il suffit simplement de revenir au Seigneur notre Dieu et de lever nos yeux vers sa croix glorieuse. Laissons de côté notre orgueil et nos idoles. Soyons bien persuadés que tout ce qui vient à sa lumière, même le pire, devient lumière… ! Laissons le Seigneur marcher à nos côtés, c’est dans ce compagnonnage que nous expérimenterons toute la joie qu’il y a à lui faire confiance, lui qui est le seul à vraiment croire en nous… Oui, Dieu est amour et miséricorde : c’est cela être sauvé. Pas étonnant, dès lors, que l’Église nous appelle à la joie qui caractérise ce quatrième dimanche de Carême appelé « dimanche de laetare », mot latin pour dire « réjouissez-vous! »
 
Brive le 14 mars 2021
 
Fr Henri Namur, ofm

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